Femmes artistes au Moyen Age et à la Renaissance

A6176Quelles femmes artistes ont traversé l’Histoire? Y a-t-il eu des femmes artistes dont le talent était reconnu au cours du Moyen Age et à la Renaissance ? L’anonymat est un des plus grands problèmes posés aux historiens. Les femmes étaient souvent victimes de discrimination dans tous les domaines artistiques où les productions n’étaient pas signées, tels le tissage, la broderie ou encore la fabrication de dentelle. Au cours du Moyen Âge ancien, l’enluminure des manuscrits était une activité à laquelle se consacraient aussi bien les moines que les nonnes. Bien que quelques noms d’artistes percèrent au cours de cette époque, la très vaste majorité des enlumineuses reste inconnue. Ainsi, aucune information n’est disponible pour des pans entiers d’artistes.

A la lumière de ces activités de travail du textile et des manuscrits, un autre problème est mis en exergue : celui de la longévité de la production. Ces productions artistiques sont en effet réalisées dans des matériaux possédant une extrême sensibilité aux éléments extérieurs, comme la lumière, la température ou la moisissure. À cela s’ajoute l’utilisation de ces productions, objets vestimentaires et pratiques, minés par l’usure et les dégâts humains. Ceci explique l’infime partie des textiles et des manuscrits produits par des femmes encore à notre disposition.

Au Moyen Âge et à la Renaissance, de nombreuses femmes artistes travaillent dans des ateliers, sous la direction d’hommes, souvent leur propre père; il n’existe aucune trace de femmes à la tête d’un atelier. Les productions des ateliers étaient signées par le maître, pour signifier une qualité de la production, et non pour individualiser l’œuvre : il est donc difficile de différencier les productions des différent(e)s artistes d’un même atelier.

Au Moyen Âge, les femmes avaient l’habitude d’œuvrer aux côtés des hommes : l’enluminure, la broderie sont des exemples courants de la production artistique féminine de l’époque. L’une des plus célèbres broderies du moyen âge est sans aucun doute la tapisserie de Bayeux, longue de 70 mètres, que la légende attribue à la reine Mathilde, bien que plusieurs historiens aient mis en doute cette provenance, plus probablement le fait d’un atelier ou d’un couvent.

L’enluminure des manuscrits est l’une des sources documentaires permettant l’identification de femmes artistes du Moyen Âge. Ces femmes bénéficièrent de l’environnement favorable des couvents, lieux d’apprentissage et de culture, et sans doute choix le plus judicieux pour une femme intellectuelle de l’époque.

Dans l’Europe du XIe siècle, la Réforme grégorienne et la consolidation du système féodal mirent les femmes face à de nouveaux cadres qu’elles n’avaient pas encore eu à affronter. Mutation de la société devint synonyme de transformation de la place des couvents dans la société. La conquête de l’Angleterre marqua dans les îles britanniques le crépuscule du couvent en tant que lieu de savoir et de pouvoir des femmes, leur gestion passant aux mains des abbés.

Au XIIe siècle, la montée en puissance des centres urbains, du commerce, des échanges et des universités, transforma l’existence des femmes. Les veuves pouvaient alors mener les affaires de leurs maris et les corporations acceptaient les femmes en leur sein. Les archives des corporations montrent une activité particulièrement importante des femmes dans les industries du textile, surtout en Flandre et dans le nord de la France.

L’enluminure, devenue au XIIIe siècle une activité laïque, resta une activité où les femmes pouvaient œuvrer, le plus souvent aux côtés de leurs pères ou maris.

Les artistes laïques obtinrent pour la première fois une renommée internationale au cours de la Renaissance. Les bouleversements culturels, comme l’humanisme, peuvent sans doute expliquer cet essor des femmes artistes.