Une vie à soi !

By-Earl-Christy-1920-sEn 1926, au moment où Virginia Woolf écrivait Une chambre à soi, une autre femme, Marion Milner, une autre Anglaise, entreprenait un travail plus philosophique que littéraire qu’elle finit par intituler Une vie à soi, quand il parût en 1934. Elles sont restées toutes deux très modernes et ont partagé le désir d’être soi. Or, quoi de plus important que d’oser être soi-même ?

Marion Milner, alors encore une toute jeune femme, après la lecture des Essais de Montaigne – je suis moi-même la matière de mon livre – décide de tenir le journal le plus honnête possible de ses sentiments et de ses perceptions. Elle est psychologue de formation, elle a tout pour être heureuse lui semble-t-il, et pourtant sa vie n’est pas comme elle désire qu’elle soit… Elle décide de mettre en oeuvre plusieurs techniques pour se découvrir elle-même, non comme elle se voudrait, mais comme elle est vraiment. Première méthode, l’écriture automatique. Deuxième méthode : comme un Descartes féminin, Marion Milner applique le doute méthodique à la vie quotidienne. Elle est attentive aux pensées qui lui viennent durant une journée et s’étonne de découvrir … qu’elle est obsédée par l’idée de s’acheter des chaussures neuves ! Puis, elle s’aperçoit qu’elle peut accéder à un autre mode de relation avec la réalité. Elle peut sortir d’elle-même, être absorbée par un morceau de musique, par des mouettes dans le ciel, elle découvre le geste zen du tireur à l’arc : lâcher prise, elle explore les voies du détachement, et le plaisir l’envahit. Désormais elle est présente. Mais elle ne veut pas renoncer à penser. Elle comprend que ce qu’elle cherche est plus complexe. Les moments de joie lui échappent comme du sable entre les doigts. Elle se met alors à la recherche de règles. Les pensées doivent subir un entraînement permanent pour accueillir la vie. Etre constamment prêt à voir et à accepter tout ce qui vient..

Une Vie à soi