Nous les femmes désirons-nous exercer le pouvoir ?

journée de la femmeComme chaque année, lors de la célébration de la journée de la femme, nous constatons que la représentation des femmes reste très faible dans les arcanes du pouvoir, que ce soit dans le monde politique, le secteur privé ou public. Un cliché qui persiste est le fait que nous, les femmes, ne désirons pas réellement exercer le pouvoir, de peur d’assumer les responsabilités et les sacrifices que celui-ci nécessite. Considérons-nous que le pouvoir n’est pas pour nous ? Le rejettons-nous dans sa forme actuelle ou par principe ?

L’épanouissement personnel, la recherche de l’équilibre entre nos différents rôles, la volonté de donner du sens à nos vies, de respecter nos valeurs dans notre vie quotidienne sont devenus des défis permanents pour de nombreuses femmes – tout comme pour de nombreux hommes. Ces défis sont-ils compatibles avec l’exercice du pouvoir ? Actuellement, quelle image nous est renvoyée de ceux et celles qui ont atteint les ‘sommets’ du pouvoir ? Quels exemples d’équilibre, parmi les hommes et les femmes de pouvoir, avons-nous sous les yeux ?

D’un côté, Anne-Marie Slaughter, une Américaine, a publié en juin 2012 un article intitulé : « Why women still can’t have it all ». Elle explique son choix de délaisser un poste prestigieux dans l’équipe de Hillary Clinton pour retrouver un mode de vie plus compatible avec sa vie de famille. D’un autre côté, de plus en plus de femmes prouvent chaque jour qu’elles sont tout à fait capables de mener plusieurs vies – tout comme les hommes – et exhortent les femmes à prendre leur place, à oser être ambitieuses et à viser haut.

J’ai été invitée à participer il y a quelques années à un séminaire sur le leadership au féminin. L’idée maîtresse était que si nous, les femmes, voulions changer la manière dont le monde tourne, et donc la manière d’exercer le pouvoir, il fallait d’abord accepter les règles du jeu actuelles, créées principalement par des hommes pour des hommes, afin de s’ériger au cœur du processus de décision. Alors seulement, nous pourrions changer ces règles et intégrer d’autres comportements et valeurs qui transformeront le modèle actuel. Combien de femmes parmi celles qui ont participé au séminaire sont-elles aujourd’hui parvenues à un niveau de pouvoir suffisant pour avoir une influence réelle sur le cours des choses ? Combien ont accepté les différents sacrifices nécessités par l’ascension au pouvoir ? Combien, ayant accédé au ‘pouvoir’, sont capables aujourd’hui d’influencer les modalités de celui-ci ? Enfin, combien ont décidé de ne pas entrer dans la « bataille » ? Car il s’agit bien dans certains cas d’une lutte, du moins d’un parcours parfois chaotique, qui nécessite une volonté et une personnalité fortes.

Notre société évolue et la distribution des rôles s’équilibre de plus en plus du fait que les femmes étudient autant (voire plus) que les hommes, du fait que les pères sont plus attentifs à leur rôle parental,  les modes de garde sont de plus en plus équilibrés au sein des couples. Ainsi, plutôt que de stigmatiser les hommes et les femmes, de considérer comme acquis que ce sera la vie active de la femme qui sera mise entre parenthèses ou en ‘stand-by’ plus souvent, il va falloir anticiper le fait que chacun, homme et femme, désirera plus d’équilibre entre vie privée et professionnelle, dans le but de vivre une parentalité sereine et de disposer d’une vie personnelle épanouie.

Quels parcours nous enthousiasment, nous, les femmes ? Celui des femmes – parfois caricaturées à l’excès – qui ont connu une ascension dans les hautes sphères du pouvoir ? Celui des femmes qui assument pleinement leur choix de se consacrer pleinement à leur vie de famille ? Celui des femmes qui sont devenues indépendantes et qui ont lancé leur propre activité ? Quelle reconnaissance nous accordons-nous à nous-mêmes lorsque nous sommes dans la voie du ‘milieu’, cette voie où nous tentons de concilier toutes nos aspirations (au risque parfois de n’en réaliser aucune pleinement …) en choisissant un job qui n’empiète pas (trop) sur notre vie personnelle?

Nous, les femmes, plus que jamais, nous souhaitons contribuer au monde, lui donner un visage plus humain, plus juste et plus durable. Nous, les femmes, désirons avoir une vie à nous, une vie familiale et sociale. Cela me semble légitime et même essentiel pour que ce monde tourne plus rond ! Nous savons intimement que nos envies ne sont pas séparées de celles des hommes. Nous sommes plus souvent dans une position où l’affirmer nous effraie moins qu’eux puisque nous ne représentons encore qu’une minorité ‘au pouvoir’…

Osons, hommes et femmes, aspirer à plus d’épanouissement personnel, osons affirmer nos besoins, osons rester nous-mêmes et entre-aidons-nous. Ainsi, un jour, nous, les femmes, désirerons aussi exercer le pouvoir !