Le burn-out maternel: maman qui veut être trop parfaite !

imagesCACE84S1Le thème du burn-out au travail est fort relayé, celui de l’épuisement maternel beaucoup moins. Or, il touche de plus en plus de femmes. Les symptômes sont les mêmes que dans le cas d’un burn-out professionnel: grosse fatigue, irritabilité, sentiment d’impuissance, perte de contrôle, bref un réel surmenage avec toutes ses conséquences physiques et psychiques. Pour certaines, la fatigue et le bouleversement des habitudes des premiers mois de la vie de leur enfant perdure bien trop longtemps. Pour d’autres, c’est l’accumulation de fatigue, de tensions, de contraintes qui rend négative voire dépressive. Que l’on ait un ou plusieurs enfants, ce phénomène peut potentiellement toutes nous toucher.

Pour certaines, c’est un aveu d’échec intolérable – comment accepter l’idée que nous n’arrivons pas à nous épanouir dans notre rôle de mère – donc cela restera tabou et d’autant plus compliqué à gérer dans ce cas-là. Pour d’autres, savoir que ce phénomène existe pour beaucoup d’autres mères est un soulagement et le début de la reconnaissance.

L’origine de ce surmenage peut être l’idée que la maternité est le seul domaine dans lequel nous pouvons nous accomplir pleinement et donc nous nous mettons une énorme pression pour vivre pleinement cette relation de mère à enfant.  Comment vivre cette situation de surmenage quand l’arrivée d’un enfant dans dans notre vie nous semblait la plus belle promesse de bonheur? Par ailleurs, l’épuisement maternel c’est souvent aussi du au fait que nous voulons tout prendre en charge seules, l’image de la mère parfaite n’est jamais loin … Or, n’oublions pas qu’il y a aussi un père ! 🙂

Comment remédier à cet épuisement? Les spécialistes de la question estiment qu’il est essentiel tout d’abord d’accepter d’être arrivée au bout de nos limites. C’est le premier pas pour organiser sa vie autrement et oser demander de l’aide à son entourage ou à des personnes extérieures. Ce n’est que depuis récemment que les mères élèvent leurs enfants seules. Longtemps, les femmes élevaient leurs enfants avec l’aide de leur famille et amies. A voir le succès des forums sur internet qui concernent les interrogations des jeunes mamans, on comprend que ce manque de liens dans cette période de la vie est vécu parfois très difficilement.

Ainsi, disons-le: oui c’est normal  de se sentir débordée, ce ne sera pas ainsi pour toujours ! Il y a des moments dans la vie où tout assumer à la fois devient trop difficile. Avoir envie de continuer à s’épanouir en dehors de notre relation avec notre ou nos enfants est tout autant normal. Tout cela ne fait pas de nous de mauvaises mères, bien au contraire. Car prendre conscience de la situation et tenter d’y remédier est la meilleure garantie de préserver notre rôle de maman justement ! Soyons vigileantes pour nous-mêmes et pour celles qui nous entourent. Encore une fois, entraidons-nous !

Voici un livre de Violaine Guéritault, docteur en psychologie diplômée de l’Université d’Atlanta (États-Unis), consultante dans une société de conseil aux entreprises sur les thèmes du burn-out et du stress au travail.

Extrait de l’introduction :

« Ce livre est destiné aux mères, à toutes les mères. J’ai constaté de grandes similarités dans le vécu de la maternité, indépendamment des différences géographiques et culturelles. Bien que toutes m’aient fait part de leur bonheur d’avoir mis au monde un ou des enfants, certaines étaient déprimées, d’autres particulièrement stressées. La plupart se sentaient fatiguées et peinaient sous le poids des contraintes et le manque de temps. Et, surtout, beaucoup de ces femmes étaient persuadées d’être seules à éprouver ce vécu ambivalent.

La maternité, il est vrai, nous fait connaître des joies immenses, des sensations inégalables de bonheur, mais aussi des frustrations, des angoisses, souvent vécues dans le silence et la solitude parce que inavouées et inavouables. Or tout cela est bien mal considéré par une société et une culture qui considèrent les tâches maternelles comme allant de soi et ne reconnaissent ni le mérite ni les difficultés auxquelles toute mère doit faire face au quotidien. Quel être humain sensé accepterait un labeur qui requiert sa présence vingt-quatre heures sur vingt-quatre, 365 jours par an, dans des conditions de stress important où l’impré­visibilité des événements est constante, où la sensation de contrôle, le soutien psychologique, émotionnel et matériel, ainsi que la reconnaissance d’autrui sont rares ?

Récemment, je discutai avec un gynécologue de ce livre et du problème du stress chronique de la mère, que j’ai appelé, nous y reviendrons tout au long de ce livre, le burn-out maternel. Il semblait intéressé par le concept et me fit la remarque suivante : «C’est là un problème auquel nous faisons face tous les jours dans ce métier, mais nous appelons cela la dépression.» En effet, on parle de dépression. Mais est-ce bien cela dont il s’agit ? Une mère à bout qui s’effondre, qui n’arrive plus à fonctionner de façon optimale, qui tient des propos négatifs, pessimistes, voire destructeurs, qui en vient à ne plus savoir gérer le quotidien et même à parfois maltraiter ses enfants est diagnostiquée comme souffrant d’un état dépressif plus ou moins grave avec tous les stigmas que cela comporte. Ces stigmas vont à leur tour aggraver le problème. On se focalise ainsi sur la personne vue comme la source du problème, on traite et l’on soigne à coups d’antidépresseurs, et l’on attend ensuite que le traitement agisse et que la mère redevienne fonctionnelle. Malheureusement, le plus souvent, le problème resurgit après une période plus ou moins longue, en admettant qu’il ait à un moment ou un autre disparu, et c’est le retour à la case départ. »

A lire aussi: Mère épuisée, le témoignage d’une mère, Stéphanie Allenou, qui nous livre sans tabou ses sentiments d’isolement, de doute, de peur et les moments de perte de contrôle, de violence ordinaire qui ont fait son quotidien avec ses enfants. Elle écrit pour prévenir le fléau du « burn out maternel ». Elle suggère des solutions pour entourer les mères épuisées et les encourage à oser dire leurs difficultés.