Le génie féminin: Hannah Arendt, Melanie Klein et Colette

imagesJulia Kristeva, philosophe, écrivain, psychanalyste a rédigé un livre sur le génie féminin: « une sorte de provocation parce qu’habituellement les grands génies sont masculins. Et quand existent des génies féminins, ce sont des personnalités hors d’atteinte. J’ai pensé qu’il fallait trouver une femme qui représente l’essentiel du combat historique de la vie politique et de l’aventure de la pensée au XXe siècle : Hannah Arendt s’est imposée à moi. C’est dans cette optique-là que je lui ai consacré le premier volume de la trilogie sur le Génie féminin : Hannah Arendt ou l’Action comme naissance et comme étrangeté. Le XXe siècle a été un siècle de combat entre la vie et la mort qu’elle a traversé et élucidé par ses oeuvres. » Hannah Arendt (1906-1975) a inventé le concept de «totalitarisme» à un moment où tout le monde croyait qu’il y avait tout de même une guerre entre les doctrines du nazisme et du stalinisme. Hannah Arendt a montré comment ces deux doctrines se ressemblaient, notamment sur le plan de la destruction de la pensée et de la vie humaine.

Melanie Klein (1882-1960) est la figure du deuxième volume de Julia Kristeva. Celle-ci apparaît comme la novatrice la plus originale de la psychanalyse. Alors que Freud centre la vie psychique du sujet sur l’épreuve de la castration et la fonction du père, Melanie Klein – sans les ignorer – les étaie d’une fonction maternelle, absente dans la théorie du fondateur. La première, elle pense au matricide : capable dès la naissance d’un lien à l’objet (le sein, la mère), et habité de fantasmes aussi violents que réparateurs, l’enfant selon Melanie Klein a ouvert de nouveaux horizons à la clinique de la psychose et de l’autisme.

Enfin, Colette clôture cette trilogie. Pourquoi ce choix ? Car selon Julia Kristeva, « Colette a trouvé un langage pour nommer une étrange osmose entre ces « plaisirs qu’on dit à la légère physiques » et l’infini du monde – éclosions de fleurs, ondoiements de bêtes, apparitions sublimes, monstres contagieux. Vagabonde ou entravée, libre, cruelle ou amoureuse elle nous transmet un « alphabet nouveau » qui écrit la chair du monde. Au nomadisme, à la décapante réflexion de Hannah Arendt et de Melanie Klein, Colette ajoute une autre expérience qui est aussi un visage du XXe siècle. Contre les frustrations de sa vie intime, contre les épreuves que lui imposent la réalité sociale et la guerre, l’écrivain célèbre le plaisir de vivre qui est, pour elle, et sans distinction, un plaisir des sens et du mot juste. Sueur solaire de l’hystérique freudienne, elle impose cependant une parole féminine désinhibée qui se plaît à formuler ses plaisirs, sans pour autant en dénier les douleurs. Cet hymne à la jouissance, dont on a loué les accents païens et l' »inexpugnable innocence », s’énonce pour la première fois par la voix et sous la plume d’une femme, d’une Française. »

Il existe bien d’autres génies féminins, affaire à suivre … Partagez vos « idoles » avec moi !

Le génie féminin, tome 1 : Hannah Arendt
Le génie féminin, tome 2 : Melanie Klein
Le Génie feminin. 3. Colette