Messages de mères inconnues

imagesLa journaliste et romancière chinoise Xinran poursuit son œuvre qui donne la parole aux femmes chinoises. Xinran est née à Pékin, il y a un peu plus de cinquante ans, dans une famille fortunée et persécutée pendant la Révolution culturelle. De 1989 à 1995, à la radio de Nankin, son émission « Mots sur la brise nocturne » rencontre un succès considérable. Pour la première fois, des femmes, en direct, parlent de leurs problèmes personnels, familiaux et même sexuels.

Avec son dernier livre, « Messages de mères inconnues », elle traite d’un immense tabou : ces femmes qui abandonnent leurs filles pour adoption en Europe ou aux Etats-Unis. Le livre regroupe dix histoires de mères, de couples, d’abandons d’enfants, d’infanticides par les parents ou les sages-femmes. Des témoignages aussi sur la situation misérable, il y a quelques années, des orphelinats, sur les trafics et les enlèvements d’enfants. La politique internationale d’adoption et son évolution sont également analysées. Xinran salue d’abord le courage de ces mères qui ont refusé d’avorter malgré les pressions , qui ont donné la vie à ces petites filles qu’elles ont été forcées d’abandonner par la suite.

Les garçons sont depuis toujours privilégiés. De plus, à la campagne, le garçon est, le plus souvent, la seule « assurance-retraite » de ses parents alors que la fille est un « investissement non-rentable » car elle rejoint la famille de son mari. Tout cela change, mais lentement, ainsi que le montrent les livres récents de Leslie Chang, ou de Xinran qui insistent sur l’impact, dans leur famille, de l’apport des économies de paysannes devenues ouvrières.

En Chine aujourd’hui, le sexe est souvent connu avant la naissance, de ce fait des avortements sélectifs créent un déséquilibre démographique pouvant aller dans certaines zones jusqu’à 130 garçons pour 100 filles. De ce fait, se multiplient ces dernières années, au Vietnam et au Yunnan, des enlèvements de jeunes filles à marier et des trafics de prostitution. La politique de l’enfant unique est responsable de cette situation. Il y a cependant déjà un changement à Shanghaï, où un deuxième enfant est accepté pour les conjoints qui sont tous deux enfants uniques. Certains s’inquiètent du vieillissement de la population, d’autres soulignent les aspects positifs de cette politique qui a évité une explosion démographique comme celle que connaît l’Inde. Dans les villes chinoises, c’est surtout une question d’éducation et de conditions de vie et cette politique pourrait être assouplie. Xinran reviendra sur la politique de l’enfant unique dans son prochain livre : « ces enfants sont maintenant en âge d’avoir leur propre famille. Avec ces enfants uniques, éduqués comme de « petits empereurs », le prix psychologique et sociologique à payer pour cette politique est élevé. »