«Les ELLES vertes : femmes et défis écologiques»

woman-in-natureL’Université des Femmes, en collaboration avec Amazone et Le Monde selon les Femmes, a organisé en mai 2013 une journée d’étude sur les femmes et les défis écologiques. Les femmes seraient-elles plus proches de la nature, de l’environnement que les hommes ? Ont-elles une propension plus importante, voire plus évidente, à sauver la planète ? Pourquoi parler des femmes dans leur rapport à l’environnement, alors qu’on est toutes différentes ? Aujourd’hui, la cause féminine ne semble pas faire partie des préoccupations premières des associations de protection et d’éducation à l’environnement. Par peur des idées reçues ? « Les féministes, des extrémistes ! », «Les écologistes, avec leur cuisine saine et leur allaitement maternel, veulent renvoyer les femmes à la maison ! ».

L’écoféminisme ne date pas d’hier et de nombreuses analyses et publications existent autour du thème femmes et écologie. Quant au secteur environnemental, et plus particulièrement celui de l’éducation à l’environnement, il se voit plus que jamais confronté à la question de l’émancipation des femmes au travers de ses projets de quartiers durables, de jardins partagés…

Les études présentées durant la journée d’étude « Les ELLES vertes » font le constat que les femmes semblent plus « écologiques ». Elles adoptent des comportements plus sains, pour leur santé et pour leur environnement. Elles ont une empreinte écologique moindre que celle des hommes. Ajoutons aussi que les femmes sont très souvent le moteur d’actions éducatives et participatives, elles impulsent et portent de nombreux projets environnementaux au sein de leur quartier, de l’école, d’associations locales, etc.

Maintenant, qu’en est-il de la place de la femme dans ce monde environnemental ? Si l’on passe à la loupe les « métiers verts », il semblerait que l’on retrouve les mêmes discriminations que dans les autres secteurs : les hommes ont tendance à décrocher les emplois techniques et à hautes responsabilités, là où les femmes se trouvent davantage dans la catégorie (moins bien rémunérée) des services. Quant aux femmes dans le Sud : elles sont nombreuses à travailler la terre (60 à 80% des aliments consommés au sein des familles sont produits par les femmes) et pourtant n’ont pas accès à la terre, ni aux marchés. Comme l’explique Sophie Charlier, du Monde selon les Femmes : « Les femmes vont s’occuper des chèvres, les nourrir, les soigner, récolter le lait… Mais ce sont les hommes qui commercialisent le produit. » Et empochent les bénéfices. L’urgence pour ces femmes est donc d’obtenir un accès à la terre et aux outils de production, ainsi qu’un accès aux organes de décisions. Ce qui passe aussi par l’alphabétisation, la formation et l’empowerment (pouvoir d’agir sur leurs conditions sociales, économiques, etc.).

L’atelier « L’alimentation durable, opportunité ou frein à l’émancipation des femmes ? » a mis en lumière que les stéréotypes sont omniprésents quand il s’agit d’alimentation : « Les femmes à la cuisine », « Les hommes, ça mange de la viande et des pizzas ». Comment inviter les hommes à s’aligner sur les modes alimentaires des femmes (qui seraient en meilleure santé, selon les études) plutôt que l’inverse. Comment, à la maison, initier les garçons au même titre que les filles aux plaisirs de cuisiner. S’intègrent également au débat les enjeux culturels : « Pour les femmes issues de certaines communautés, passer à une alimentation durable, c’est impossible, ça serait mal vu, car ce n’est pas dans les habitudes culturelles ». Enfin, et non des moindres, la question financière : en situation de précarité, et donc d’urgence, s’interroger sur son modèle alimentaire n’est pas une préoccupation première. Comment trouver des solutions pour allier nourriture saine et petits revenus : en gaspillant moins, en cuisinant soi-même (c’est souvent moins cher que d’acheter du « préparé »), etc. Et on en revient à l’accès à la formation et à l’information comme facteur d’émancipation des femmes.

Sensibilisation, (in)formation, émancipation… Des pratiques au croisement du féminisme et de l’éducation à l’environnement. Ces deux secteurs partagent des valeurs communes, cela va de soi. L’écoféminisme va jusqu’à parler d’un combat commun contre deux formes de domination de l’homme (et, en prolongement, du capitalisme) : la domination sur la femme et la domination sur la nature…