Les femmes cinéastes (1)

Comment les femmes se sont-elles fait une place dans le cinéma ? Elles ont commencé de manière très artisanale pour peu à peu entrer dans le système de production indépendant puis plus commercial. Au début du 20ème siècle, Alice Guy Blaché, première réalisatrice au monde de films de fiction, a pu convaincre Léon Gaumont de lui laisser carte blanche pour concevoir de courts films de promotion de ses appareils. Elle tournait la manivelle, réalisait les costumes, inventait les décors, utilisait sa maison comme lieu de tournage.

À partir de l’arrivée du cinéma parlant, la professionnalisation du 7e  art accentue la hiérarchisation des rôles. Les femmes en pâtissent. Elles se cantonnent aux rôles d’assistante, de scénariste, de script, de monteuse. Il faudra attendre Jacqueline Audry et les années 1940 pour retrouver un tempérament « d’entrepreneuse ».

Après-guerre, les réalisatrices sont plus nombreuses : Agnès Varda, Yannick Bellon, Chantal Akerman, Marguerite Duras, Coline Serreau ont gravi peu à peu les échelons, mettant en avant le plus souvent des personnages de femmes. Cette reconnaissance s’est appuyée sur le public féminin, qui a enfin pu trouver dans leurs films des personnages auxquels s’identifier. Globalement, la place d’où les femmes cinéastes regardent le monde est souvent celle des opprimées. Il y a donc dans leur cinéma une dimension d’engagement militant pour la vie, la solidarité, l’égalité, le respect des autres, des idées, des modes de vies, des cultures.

Jackie Buet, directrice et cofondatrice du festival de films de femmes (filmsdefemmes.com), arrive aux constats suivants: « les réalisatrices font majoritairement un cinéma d’auteur, dont le financement est plus difficile à trouver. Un soutien plus large à ce genre contribuerait à conforter la place des femmes dans le 7e  art. Il faut convaincre les producteurs et les réalisatrices elles-mêmes – qui s’autocensurent parfois – que leurs sujets, leurs personnages, ont un public et peuvent le rencontrer.Ce fut le cas pour Trois Hommes et un couffin de Coline Serreau. Il faudrait aussi que la critique cinématographique change, accepte de modifier ses critères de jugement au profit d’un point de vue enrichi par les études sur le genre. Enfin, il serait juste que de grands festivals acceptent d’introduire dans leur compétition une vraie représentation féminine. À Cannes, une seule réalisatrice, Jane Campion, a obtenu la Palme d’or. C’était en 1993 avec La Leçon de piano. Les comités de sélection devraient être mixtes, et la direction confiée aussi souvent que possible à une femme. »