Féminisme et religion sont-ils compatibles ?

imagesCAY4JCBEDelphine Horvilleur est rabbin à Paris. Notons que la France ne compte que deux femmes rabbins. Elle est ex-journaliste, mère de famille, philosophe et féministe, un sacré mélange n’est-ce pas ? Elle défend une lecture ouverte, actuelle et féministe de tous les textes sacrés. Elle déclare: «Il est grand temps de revisiter les concepts du masculin et du féminin dans les traditions religieuses». Selon elle, on peut dire que la religion n’est pas aussi misogyne que les hommes qui parlent en son nom… Elle estime que nous sommes en pleine révolution: « De plus en plus de femmes veulent étudier les textes et n’acceptent plus de se tenir dans la périphérie dans laquelle elles étaient maintenues. C’est une grande chance pour la pensée religieuse qui va pouvoir s’ouvrir autrement. »

Que pense-t-elle de la question du corps des femmes et de la nudité dans les textes religieux ? « Les fondamentalistes de toutes les religions se sont appropriés cette notion ancestrale de pudeur, ils l’ont instrumentalisée afin de bannir les femmes de l’espace public. Il faudrait cacher leur corps, leur visage, leurs cheveux, comme on couvre des parties génitales. Ce discours, qui a transformé le corps féminin en une zone érogène, est obscène. Il réduit la femme au désir qu’elle suscite. » Delphine Horvilleur défend cependant la pudeur: « Elle est trop souvent mise à mal dans nos sociétés médiatiques qui élèvent l’impudeur en valeur, comme s’il était coupable de cacher quoi que ce soit. Il faudrait être en permanence dans la transparence, dans le tout-visible. Je crois à la nécessité de maintenir un voile de pudeur entre soi et les autres. Ce voile subtil et volontaire, qui ne peut en aucune manière être réduit au vestimentaire, est la condition de la rencontre, du désir et de la non-appropriation de l’autre. »

Sa vision du voile dans le cadre religieux: « On a laissé les religieux s’approprier la notion de pudeur. Résultat, il faudrait voiler les femmes, recouvrir tout ce qui dépasse, comme si tout ce qui se dégage d’elles représentait un danger pour l’ordre social et, bien sûr, l’ordre masculin. »

Elle s’est penchée sur les textes en hébreu qui relatent la création d’Eve et elle indique qu’Eve ne serait pas créée à partir d’une ‘côte’ d’Adam, ce qui reviendrait à faire d’elle un ‘sous-être humain’ mais ‘à côté’ d’Adam ! Donc on peut parler du ‘côté’ féminin d’Adam, voilà une égalité des sexes totale !

Ecoutez-la parler de son dernier ouvrage En tenue d’Eve: