Paule Salomon, un nouvel art d’aimer !

paule salomonPaule Salomon, philosophe et thérapeute, a rédigé  » La Femme Solaire « ,  » La Sainte Folie du Couple  » et  » La Brûlante Lumière de l’Amour  » qui forment une trilogie sur un « nouvel art d’aimer « . Je vous propose ci-dessous une sélection de ses propos qui résument selon moi très bien ses principaux messages:

« Au commencement de la relation on est fusionnel, c’est normal, c’est une grâce et c’est délicieux. C’est la première étape. Ensuite, au bout de six mois, d’un an ou deux, ça dépend des personnes, on cesse d’avoir pour seule envie de se regarder dans les yeux et on commence à ressentir les besoins de notre  » moi « , de notre personne. On n’est plus tout entier consacré au  » nous  » et on s’aperçoit que l’autre a des besoins différents des nôtres, qu’il n’est pas, comme on le croyait au départ, tout entier consacré à une sorte de réparation narcissique de nous-mêmes. Car très souvent, nous sommes les uns et les autres des êtres incomplets, des handicapés du  » moi  » et nous demandons à l’amour de l’autre de nous réparer à cet endroit-là ; nous n’avons pas confiance en nous et l’amour de l’autre nous sert à avoir confiance en nous. Donc, désormais, chacun consacrera une bonne partie de ses forces non plus au  » nous  » mais à nouveau à son  » je « . C’est normal, mais en même temps cela entraîne souvent une sorte de déséquilibre car l’un continue à plus nourrir le couple et l’autre, par opposition, s’affranchit davantage de la relation et fait en sorte que le  » nous  » serve ses propres besoins. »

« On regarde l’autre à travers ses propres besoins ; on le juge en fonction de ses besoins à soi et on le blesse ; on adopte une attitude de parent qui fait de l’autre un enfant, on infantilise l’autre et de moins en moins de gens supportent cela. Autrefois, il semble qu’au sein des couples c’était une espèce de petite guerre réciproque. C’était à qui dénoncerait chez l’autre le plus de manques et s’instaurait alors une sorte de relation sado maso qui durait parfois toute la vie. L’entourage devenait spectateur d’un drame familial toujours répété ; nombre d’enfants ont connu ça et le fait que papa et maman s’agressent mutuellement à chaque repas ou régulièrement tous les dimanches. C’est quelque chose qui aujourd’hui est très mal supporté car l’émergence de l’individu est plus grande et personne ne souhaite plus se laisser définir par l’autre et être sans arrêt blessé. On apprend des techniques de communication qui visent à améliorer la relation, mais la susceptibilité du  » moi « , la susceptibilité de l’ego est telle que ce n’est pas si facile d’arrêter ce jeu. Et puis c’est très tentant, c’est la prise de pouvoir sur l’autre d’une manière psychologique qui est peut-être la manière la plus insidieuse. Je ne connais pas de couples qui ne jouent pas à ce jeu-là ; simplement, je connais des couples qui en prennent conscience. Ce mode de fonctionnement engendre des disputes sans fin et parfois des conflits sanglants, car s’instaure alors une relation blessé/blessant. »

« Il est important d’apprendre à ne pas en vouloir à l’autre au moment où le fusionnel s’arrête, chacun cultive secrètement un sentiment de désenchantement à ce moment-là; d’apprendre aussi à être attentif aux rôles de dominant/dominé pour ne pas écraser systématiquement l’autre, c’est-à-dire que ce ne soit pas toujours le même qui tienne un rôle de dominant dans le couple. Il est également important de surveiller le conflit, quitte à faire passer parfois l’amour de l’autre, l’amour du coeur avant les besoins de l’ego et ça ce n’est pas si facile. »

« Il ne faut pas confondre le désir avec la construction d’un lien, une sorte de compagnonnage, quelque chose qui permettra de réaliser une oeuvre ensemble, de coopérer, de faire des enfants. On mélange trop le fait de vivre l’élan amoureux et le fait de construire ensemble une oeuvre. »

« Continue d’aller vers toi-même, continue de grandir, de chercher qui tu es, d’entreprendre des activités. Parfois cela signifie s’éloigner un peu dans le temps, parfois même dans l’espace. Peut-on concevoir que le lien pourra supporter que par moment on prenne de l’espace, qu’on consacre beaucoup de temps à sa réalisation professionnelle, ou à une passion, ou à une oeuvre humanitaire ? Je ne crois pas que l’amour dans la durée nous demande une présence exclusive à l’autre. Au contraire, il nous demande peut-être de favoriser le fait que l’autre puisse accomplir ce qu’il a envie d’accomplir. Il y a plusieurs phases dans l’amour. Il y a d’abord une phase fusionnelle pendant laquelle ce qui importe est la présence physique l’un à l’autre, mais il y a aussi d’autres phases pendant lesquelles ce qui importe est de favoriser l’épanouissement de l’autre, de donner de la liberté à l’autre, d’aimer la liberté de l’autre. Aimer la liberté de l’autre est sans doute une des choses les plus difficiles car nous ne sommes pas naturellement altruistes, nous n’aimons la liberté de l’autre que quand nous aimons suffisamment la nôtre. »