Voulons-nous des enfants obéissants ou des enfants bien dans leur peau ?

imagesCAUMLZE3L’approche de Thomas Gordon, psychologue qui a une longue expérience de l’éducation des enfants, est de privilégier l’influence à l’autorité dans le cadre de la discipline. Selon lui, la discipline ‘imposée’, c’est-à-dire les interdits, punitions, ordres, menaces et sanctions, sont beaucoup moins efficaces que la motivation et l’influence qu’exercent les parents. Si nous souhaitons transmettre des valeurs à travers des comportements que nous trouvons souhaitables pour nos enfants, c’est par la communication, l’écoute, la confiance et le soutien que nous y parviendrons le mieux. Et ce n’est pas tout, c’est cette dernière manière de procéder qui rendra nos enfants plus autonomes et confiants en eux !

La discipline imposée, l’affirmation d’une autorité via la peur, la soumission et la dépendance apporte certes des résultats à très court terme. Mais être régulièrement empêchés, contraints ou forcés finira par aboutir à l’inverse du résultat souhaité: les enfants finissent toujours pas se rebeller ou couper toute forme de contact ou communication et les parents perdent alors toute autorité durablement.

La différence réside entre vouloir ‘dominer‘ ou ‘influencer‘ ses enfants. Or, plus on veut dominer, moins on influence – et cela est vrai aussi dans toute autre type de relations ! Et pourquoi en est-il ainsi ? Car la domination pousse les enfants à se révolter (en faisant le contraire de ce qui est demandé), à résister (en refusant d’obéir) et à mentir. Ainsi, les parents qui veulent soumettre leurs enfants à leur autorité de peur d’avoir des enfants et adolescents ‘impossibles’ ou rebelles prennent tous les risques de vivre ce qu’il fuient !

L’idée maîtresse de Thomas Gordon est que nous pouvons apprendre à nos enfants l’auto-discipline, ce sera plus durable, plus utile tout au long de la vie et surtout, c’est un magnifique cadeau car ainsi nos enfants apprenent à faire plus tard leurs propres choix et à prendre leurs propres décisions, c’est-à-dire à être autonomes, le but de toute éducation, ne l’oublions pas !

L’idée est que l’enfant apprenne au maximum à savoir par lui-même ce qui est bon pour lui et les autres. Il s’agit non pas d’imposer des règles de l’extérieur mais d’établir ensemble des règles et des limites. De telles règles seront non seulement mieux acceptées mais aussi demandées par nos enfants car ils ont avant tout un besoin de sécurité et des règles claires et identifiées comme bénéfiques pour eux constitueront leurs repères pour une vie entière.

Voulons-nous des enfants obéissants – mais frustrés, craintifs et soumis – ou des enfants bien dans leur peau ? La différence réside dans le temps et l’énergie que nous sommes prêtes à leur octroyer car évidemment crier, obliger, forcer, dans certains cas – et cela nous arrive à toutes, nous ne sommes pas parfaites ! – cela apporte des résultats rapides mais… jusque quand ? Cela n’est ni tenable ni souhaitable. D’ailleurs, nous sommes souvent les premières à en être tristes (soit que cela nous rappelle de mauvais souvenirs d’enfance, soit que nous ne sommes pas fières après coup de n’avoir pas géré calmement la situation…)

Ecouter patiemment – et jusqu’au bout ! – un enfant, le conseiller, tenter de l’aider, de le réconforter, chercher une solution ensemble, conseiller, tout cela prend du temps et parfois ce temps nous manque, donc concentrons-nous sur les situations qui nous semblent prioritaires et ce n’est pas grave si de temps en temps nous refusons une chose toute nette, sans négocier 🙂 du moment que l’on s’explique et que cela garde des proportions raisonnables pour tous les membres de la famille…

Attention au système des récompenses et des punitions… Cela crée un système de dépendance et de crainte. Il ne s’agit pas ici bien sur de ‘condamner’ les petits plaisirs de la vie et les mises en garde que nous pratiquons toutes mais bien d’éviter que ce système ne finisse par tout dominer car cela enlève aux enfants toute capacité d’analyse et d’autonomisation. Les enfants doivent idéalement sentir par eux-mêmes qu’il font quelque chose de bien, qu’ils disent quelque chose de gentil, sans avoir besoin de sentir que cela nous plait à nous les adultes… N’oublions pas que nos enfants ne doivent pas se conformer à nos désirs et attentes mais vivre les expériences qui leur permettront d’être eux-mêmes, de se réaliser, ils seront mille fois plus créatifs ainsi… et recueilleront certainement toute notre admiration !

Il y a aussi les moments où, parce que nous sommes particulièrement fatiguées ou stressées, nous aurons des réactions disproportionnées avec nos enfants et nous pouvons alors les ‘punir’ de manière tout à fait injuste.. Dans ces cas-là, il ne faut pas hésiter à ‘contre-réagir’ rapidement: à dire à nos enfants que nous étions en effet fort fatiguées et que nous ne sommes pas fâchées contre eux pour autant. C’est une manière pour eux de se rendre compte que nous aussi avons des débordements et que nous aussi nous manquons parfois à nos propres règles ! Dédramatisons !

On peut penser qu’apprendre l’autorité à ses enfants, c’est leur apprendre à affronter l’autorité qu’ils ne manqueront pas de trouver plus tard (à l’école, dans la vie en société, dans la vie professionnelle). Pour certains, la règle se résume ainsi: ‘soit on les bouffe, soit ils nous bouffent’ (phrase entendue texto de la part de ceux qui géraient la crèche où j’ai mis ma petite fille jusqu’il y a récemment..). Eh bien, je comprends que cela soit parfois très difficile de gérer un grand nombe d’enfants et que l’on ne peut pas adapter les règles à chacun. C’est aussi une question d’âge, plus un enfant grandit, plus on peut dialoguer et gérer ensemble au lieu d’imposer unilatéralement.

Il me semble que nos enfants connaitront assez de contraintes dans la vie en société pour ne pas en rajouter chez soi, dans notre relation la plus intime… Nous sommes leurs parents et il me semble donc plus logique que nous soyons ceux qui prendront le plus de temps pour construire une belle relation ‘communiquante’ avec nos enfants. Ils expérimenteront d’autres types de communication et de relations en dehors de leur ‘cocon’ et ce sera la découverte de l’altérité et de la tolérance. Par ailleurs, j’estime que l’autorité dans le sens de la soumission aveugle aux règles, quel que soit le contexte, est absurde. C’est la non-responsabilité qu’il faut combattre et non le refus de se soumettre par définition à l’autorité… Enfin, aujourd’hui la tendance est à la coopération et à la participation collective qui prouvent chaque jour qu’elles sont bien plus efficaces que les modèles autoritaires !

Pour conclure, ne confondons pas ce qui relève des besoins essentiels des enfants et des caprices ou tests que les enfants ne manqueront pas d’avoir avec nous.. Etre attentifs en tant que parents aux besoins profonds de nos enfants, ce n’est évidemment pas accéder à tout, il y a des choses à différer dans le temps (pour des raisons de sécurité, santé ou tout simplement d’organisation de la vie de famille) et il y a des choses qui nécessitent un arbitrage d’adulte. Ce n’est pas qu’une question d’autorité dans ce cas, c’est une question de bon sens !

Alors, prêtes à tenter l’aventure de l’auto-discipline avec vos enfants ? Prêtes à revoir certains de vos comportements, jugements, car c’est cela aussi qui attend toute maman …