Laura Mvula, l’âme et la voix soul

imagesCAPBLIHKLaura Mvula, 26 ans, a commencé à écrire les chansons de son album l’année où Amy Winehouse a disparu. On la compare à Nina Simone, Björk ou Janelle Monáe. Elle adore Nina Simone mais ne reprend jamais ses chansons – c’est sacré, répertoire intouchable. Mais l’inspiration est évidente.

Petite, Laura Mvula rêvait déjà d’être chanteuse. Son histoire commence  dans un cocon familial solide et protecteur. A Birmingham, une petite fille issue de la communauté caribéenne (sa mère vient de Saint-Kitts, son père de Jamaïque) apprend le piano et le violon grâce à des programmes sociaux d’éducation musicale. Son frère et sa soeur suivent le même chemin, au violon et au violoncelle. Les enfants vont à la bibliothèque emprunter des partitions d’Haydn. Fascinés par les Jackson 5, ils montent un trio, jouent et chantent pour leurs parents, pour les mariages et les enterrements.

La famille, très croyante, fréquente aussi l’église pentecôtiste. Carol, la tante de Laura, s’occupe d’une chorale gospel réputée, Black Voices, et elle prédit une carrière internationale à sa nièce, alors âgée d’une dizaine d’années. En France, plein de gens ont eu la chance de voir Laura Mvula sur scène: entre 18 et 23 ans, elle a chanté dans le groupe Black Voices.

Laura rentre ensuite à Birmingham, va à l’université, étudie au Conservatoire, puis compose et chante dans un groupe nu-soul jazzy (car en plus de la musique classique et du gospel, elle adore Jill Scott et Erykah Badu). “C’était sympa, mais sans substance. Quand ce groupe s’est séparé, je ne savais plus où j’en étais. Je n’étais pas assez bonne techniquement pour faire une carrière dans le violon ou le piano. J’étais entourée de chanteurs meilleurs que moi, ce qui me paralysait. Je n’avais plus d’option. Je commençais à me dire que j’avais fait une erreur en choisissant la voie de la musique.” Laura passe pourtant ses journées avec l’Orchestre symphonique de Birmingham. Mais comme réceptionniste…

“Et puis mes parents ont divorcé. Ils étaient mariés depuis plus de vingt ans, j’avais toujours vu le monde à travers l’invincibilité de leur couple. Là, mon monde s’est écroulé, une immense blessure qui m’a plongée dans une longue et profonde dépression. Peu après, je me suis mariée. Ma vie était soumise à des émotions contradictoires, j’étais à la fois dévastée et sur un nuage. C’était une bonne combinaison pour commencer quelque chose. J’avais touché le fond, j’ai pu remonter grâce à la musique.” Elle ne chante plus dans Black Voices, mais le groupe lui tend la perche en lui proposant d’écrire les arrangements de son nouveau répertoire : une suite jazz, et deux chansons de Nina Simone, dont l’emblématique I Wish I Knew How It Would Feel to Be Free. “Dans l’aventure de cet album, j’ai cherché la liberté du début à la fin. J’ai commencé par me libérer de ce que je croyais savoir sur la musique, j’ai abandonné les rôles que je tenais, mon vrai moi a émergé.”

Elle a commencé par composer She et Green Garden il y a deux ans, et raconte que les chansons sont nées de manière surnaturelle, en dehors de tout contrôle. “Je n’ai pas essayé de faire quelque chose de grandiose et virtuose, comme je l’avais appris pendant mes études. J’ai laissé sortir la musique, comme une simple expression d’émotions, de sensations.” Pour enregistrer ses demos, elle utilise les sons de harpe, de celesta et de cloches du logiciel Garageband – “les autres logiciels étaient trop compliqués pour moi”. Via un ami musicien, Laura récupère les contacts de gens du music-business. “Je ne connaissais rien à ce monde. J’ai beaucoup hésité, beaucoup réfléchi, puis j’ai fini par envoyer des mails assez pathétiques, ‘bonjour, je suis réceptionniste, j’ai fait ces demos, j’aimerais avoir des conseils ou des critiques’, avec un lien pour écouter mes deux chansons. Le seul à avoir répondu est Steve Brown.” Steve Brown travaille dans la musique, pour la télé anglaise:“Il m’a d’abord encouragée à continuer à écrire, sans inhibition, sans pression, sans me juger moi-même. Il a entendu et reconnu ma voix intérieure. L’enregistrement a été magique. On est partis de mes demos, qu’on a réenregistrées avec des vrais musiciens. On a suivi notre plan, qui était de ne pas en avoir, on découvrait la musique en la faisant, on trouvait des solutions en harmonisant nos désirs et nos envies. Le plus beau moment, c’est à la fin de l’enregistrement du morceau Sing to the Moon. On écoutait les cordes, et on a tous les deux fondu en larmes. C’était si beau.”

Et c’est ainsi que naquit Sing to the Moon, grand album qui flirte avec le classique et la néo-soul qui a mis toute la critique à genoux. “Quand j’ai commencé ce projet, je pensais me retrouver dans une niche, plutôt du côté du jazz, j’étais prête à l’idée que pas grand monde n’entendrait ma musique. L’accueil de cet album, c’est un choc profond, dont je ne me suis pas encore remise. Et un bonheur profond, comme le reflet inversé d’une tristesse profonde. J’ai pu me prouver que j’avais une valeur, que j’existe, des choses auxquelles j’avais failli ne plus croire.”