Les femmes et l’art de la conversation

DeTroyAu 17ème siècle, la place des femmes dans la société française évolue de telle sorte que dans la société mondaine de l’Ancien Régime, c’étaient les femmes qui organisaient les débats d’idées, qui guidaient la vie en société et en fixaient les règles du jeu. L’art de la conversation garantissait la stricte égalité des partenaires. Il s’agissait d’un art de vivre fondé sur la séduction et le plaisir d’échanger les points de vue, les réflexions. La conversation mondaine consistait à parler avec esprit « de grandes et de petites choses » dans le but de plaire, de charmer et de divertir.

Madame de Rambouillet, Madame du Deffand, la marquise de Sévigné, Ninon de Lenclos et bien d’autres encore, ces femmes ont contré l’autorité du pouvoir masculin. Souvent mal mariées, veuves ou dans certains cas célibataires, elles revendiquent la libre pensée et l’accès au savoir, érigent en règle d’art le désir de plaire !

D’un point de vue juridique, les femmes restaient soumises à l’autorité des parents puis à celle des maris, elles ne pouvaient pas disposer d’elles-mêmes. Quelle liberté pour les femmes à cette époque? Devenir veuves ou se retirer du monde et vivre dans un couvent…

Mais certaines ont tenu des salons, se sont érigées en arbitres des conversations, en gendarmes des bonnes manières et du beau langage. Ce sont les femmes qui ont policé les moeurs et ont fait l’éducation des hommes en matière de vie sociale et de sensibilité.

L’éducation des filles était centrée sur l’obéissance, la pudeur, la chasteté, la réserve et la mise en garde contre les passions. Pour les femmes de la noblesse, l’art de la parole se transmettait de mère en fille et certaines y ont excellé. Dans leurs salons, certaines femmes avaient une influence totale sur le monde de la littérature. C’étaient les femmes qui étaient considérées comme les meilleurs juges des talents littéraires. C’est aux femmes qu’on reconnaissait le plus grand esprit. Ce sont les femmes qui ont contribué de façon décisive à la formation du français moderne, qui ont permis le développement de nouvelles formes littéraires.

Benedetta Craveri, professeur d’université en Italie, spécialiste de la civilisation française des 17e et 18e siècles, a un écrit un essai sur cet ‘âge de la conversation’. La conversation, représentant un idéal de sociabilité et de perfection mondaine qui s’est développé tout au long de l’Ancien Régime jusqu’au point de définir l’esprit d’une nation.

Dialoguer entre « gens du monde » pouvait être une activité uniquement ludique mais aussi la source d’une réflexion sur le rapport de soi à l’autre et sur la connaissance de soi, comme le suggérait Madame du Deffand à Horace Walpole: « J’admirais hier au soir la nombreuse compagnie qui était chez moi; hommes et femmes me paraissaient des machines à ressorts, qui allaient, venaient, parlaient, riaient, sans penser, sans réfléchir, sans sentir; chacun y jouait son rôle par habitude. […] Je pensais que j’avais passé ma vie dans les illusions […]; que tous mes jugements avaient été faux et téméraires, et toujours trop précipités, et qu’enfin je n’avais parfaitement bien connu personne; que je n’en avais pas été connue non plus, et que peut-être je ne me connaissais pas moi-même ».

Décidemment, rien ne change d’une époque à l’autre.. Il s’agit toujours de trouver la meilleure manière de vivre.. Et il me semble que nous, les femmes, nous continuons à avoir beaucoup d’influence dans l’art de la conversation 🙂

Madame de Sévigné recommandait de faire la conversation aux petites filles plutôt que de leur lire des histoires…