Qui est Benoite Groult?

imagesCAGR9XCO« Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours. » Cette citation, c’est d’elle ! Romancière, journaliste et essayiste, Benoîte Groult a plus de 90 ans aujourd’hui et reste très alerte sur les questions d’égalité hommes-femmes. Cela l’agace que les journaux féminins soient « à nouveau comme au temps de ma jeunesse, on n’y parle plus de féminisme, on parle de cocooning, de femmes qui réinvestissent la maison, de silicone, la beauté redevient obsessionnelle ». Comme je suis bien d’accord avec elle ! 🙂

Benoîte Groult, jeune adulte, a été professeur de latin et femme au foyer. Son premier mari la laisse veuve au bout de six mois. Le second lui apporte ne union qu’elle qualifie de catastrophique. «Je n’allais tout de même pas divorcer au bout de six autres mois!» En 1975, elle s’émancipe et écrit Ainsi soit-elle qui a connu un succès mondial ! Voici ce qu’elle écrit à l’époque de la parution de ce livre: « Il faut que les femmes crient aujourd’hui. Et que les autres femmes – et les hommes – aient envie d’entendre ce cri. Qui n’est pas un cri de haine, à peine un cri de colère, car alors il devrait se retourner contre elles-mêmes. Mais un cri de vie. Il faut enfin guérir d’être femme. Non pas d’être née femme mais d’avoir été élevée femme dans un univers d’hommes, d’avoir vécu chaque étape et chaque acte de notre vie avec les yeux des hommes et les critères des hommes. Et ce n’est pas en continuant à écouter ce qu’ils disent, eux, en notre nom ou pour notre bien, que nous pourrons guérir. »

Dans son ouvrage Féminisme au masculin, Benoîte Groult rend hommage aux hommes qui se sont montrés féministes avant l’heure… « Quelles qualités rares a-t-il fallu aux quelques hommes qui ont voulu dépasser l’image traditionnelle de l’épouse dévouée, gardienne du foyer et mère admirable, pour penser à elle comme à une personne indépendante, un être humain à part entière ? Lorsque je suis devenue féministe, en 1968, je me suis aperçue que les femmes étaient absentes de l’Histoire. On ne savait pas à quelle héroïne se vouer. Moi, mon Dieu, c’était Napoléon, mais je n’avais pas envie de lui ressembler ! Quels étaient nos modèles féminins ? George Sand, que l’on faisait passer pour une gourgandine, Jeanne d’Arc, une pucelle qui a brûlé très vite, ce n’était pas très emballant. »

Que s’est-il passé dans sa vie pour qu’elle devienne féministe? « Je me sentais une citoyenne de seconde zone, comme absente au monde, et j’ai effectivement mis du temps à me réveiller. Je me suis mariée trois fois, j’ai donc changé trois fois de nom. Puis, dans le cadre de mon travail de journaliste, en 1968, j’ai assisté à des réunions de femmes. Elles avaient dix ans de moins que moi, et leurs confidences et leurs doléances étaient les mêmes que les miennes. J’ai eu l’impression de trouver une famille et de comprendre soudain pourquoi j’avais raté ma jeunesse. Certes, j’avais lu les écrits de Simone de Beauvoir, mais ils me semblaient trop intellectuels, je me sentais incapable, à l’époque, de mener cette vie-là. Je n’étais pas armée pour cette liberté-là. »

Est-il selon elle toujours plus difficile de vieillir pour une femme que pour un homme? « Oui, je le crois. En vieillissant, les femmes disparaissent. Plus personne ne les regarde dans la rue, elles deviennent transparentes, perdent le regard des hommes. Et eux ont peur de la vieillesse des femmes et plus encore que ces vieilles femmes les draguent ! L’autre jour, j’ai trouvé dans ma boîte aux lettres une publicité d’un jeune homme, nu, avec un énorme sexe. Il expliquait qu’il faisait des prix pour les très vieilles dames et qu’il s’adressait à la cougar qui sommeillait en moi… Je ne savais pas ce qu’était une cougar, j’ai dû demander à mes filles ! Non, ce qui me réconforte, ce sont les femmes que je croise au supermarché et qui me disent : « Vous avez changé ma vie. Grâce à vous, j’ai repris mes études, j’ai divorcé… » Ça, c’est une véritable cure de vitamines. »