Qu’est-ce qu’une vie réussie?

imagesCA7MHS3UQue voulons-nous réussir? Qu’il s’agisse de notre vie personnelle ou professionnelle, le mot ‘réussir’ revêt tant de significations diverses, en fonction de notre vécu et de notre culture. Certains mots sont tout de même généralement associés à la réussite: épanouissement, réalisation, sens. Réussir sa vie, est-ce avoir une vie heureuse? Certainement! Mais qu’est-ce le bonheur alors? Comment le ressentir le plus souvent possible? Quelle vie mener pour atteindre le bonheur?

Réussir sa vie, est-ce devenir pleinement soi-même et réaliser ses aspirations profondes? Dans ce cas, il faut commencer par se connaître soi-même, comme nous le demandait un certain Socrate… Il faut aussi pouvoir être capable de discerner ce que l’on veut, pour mener une vie qui soit en accord avec soi-même. Se respecter, respecter ses propres choix, nécessite d’être à l’écoute de notre ressenti, d’être centré en soi et non pas de répondre aux attentes des autres et des normes de la société. Pour certains philosophes, il s’agit surtout de dépasser son ego, d’opérer une mutation, d’acquérir une autre manière de voir le monde, afin de (re)naître spirirituellement, d’accéder à une grande force intérieure, une paix qui ne sera plus menacée par l’extérieur, ni même par la perspective de la mort…

Réussir sa vie, est-ce avoir une belle vie? Mais qu’est-ce qu’une ‘belle’ vie? Une vie intense ou au contraire paisible? Réussir sa vie, est-ce vivre la vie qui nous donne tout ce dont on rêve? Dans ce cas, si les rêves sont particulièrement irréalistes, le sentiment de non réussite sera particulièrement douloureux.. Réussir sa vie, est-ce apprécier ce que l’on a et jouir de l’instant présent? La sagesse, qu’elle soit occidentale ou orientale, nous propose de prendre du recul et de réaliser que nous avons déjà tout pour disposer d’une vie réussie, ici et maintenant. Mais comment être assez ‘sage’ pour s’en apercevoir? 🙂

Réussir sa vie, est-ce avoir une ‘bonne’ vie? Mais alors comment juger si ce que je vis est ‘bien’. La philosophie peut venir à notre secours dans ce questionnement éternel.  Une « vie bonne », réussie au sens philosophique, ne se réduit pas à la réussite sociale. Les religions, mais aussi les grandes visions philosophiques du monde partaient de la conviction qu’une vie bonne ne se mesurait pas à l’aune des seuls « succès », mais qu’elle devait être une vie accomplie, une vie qui ait du sens. Pour en juger, elles se référaient à des principes transcendant l’individu. Les Anciens définissaient la vie bonne comme une vie en harmonie avec l’ordre naturel du monde, avec le cosmos. Les philosophes grecs expliquaient que les deux maux qui pèsent sur la vie humaine et l’empêchent d’être bonne sont la nostalgie du passé et l’espérance en un avenir meilleur. Car ces deux sentiments nous font manquer le présent. Si l’on parvient au contraire à aimer le réel ici et maintenant, à le goûter vraiment, à se réconcilier avec lui, on atteint à une certaine forme d’éternité!

Que reste-t-il des idéaux, des valeurs porteuses de sens à notre époque? Tout ce qui servait auparavant à fonder la représentation d’une « vie bonne » (le cosmos des Anciens, Dieu) a été réduit au néant par la pensée moderne. Comment alors définir l’accomplissement humain? Comment définir la réussite? Notre référence devient-elle celles de « rêves » de succès?

L’ouvrage de Luc Ferry ‘Qu’est-ce qu’une vie réussie?’ nous donne des pistes de réflexion et nous éclaire sur l’héritage des philosophes. L’auteur nous propose le critère de la « vie bonne » selon Nietzsche: il s’agit de distinguer « ce qui mérite d’être vécu et ce qui mérite de périr », de sélectionner « des moments qui valent la peine d’être vécus ». Un tel critère permet de ne s’attacher qu’à ce qui est permanent et universel et donc d’atteindre une forme de sérénité. La sagesse des ‘modernes’ peut être résumée en un seul mot: lucidité, ou la recherche d’un sens de la vie sans les illusions d’un Dieu ou d’hommes et de femmes tout puissants!

Luc Ferry nous propose de replonger au coeur du stoïcisme qui définit la « vie bonne » par l’intelligence, la vertu, la liberté et le bonheur : « la raison dévoile l’harmonie du cosmos et nous aide à percevoir que le destin nous échappe. La vertu consiste dès lors à nous réconcilier avec ce monde parfait, à vouloir et à aimer ce qui est, plutôt qu’à céder au tourment des désirs insatisfaits. Nous accédons ainsi à la vraie liberté, qui est émancipation, maîtrise de soi, et par là même au bonheur, puisque plus rien ne aurait désormais décevoir ni effrayer ». Luc Ferry nous propose une vision d’une vie réussie: une vie vécue intensément, dans le sens d’une vie plus élargie ouverte au monde et aux autres. Il nous propose de ré-enchanter le monde… Je suis partante !

Réussir notre vie, cela se limite-t-il à la sphère privée? Ne s’agit-il pas aussi de participer au développement d’une société qui ne soit justement pas uniquement régie par le besoin de réussite?

Et pour vous, qu’est-ce qu’une vie réussie? Personnellement, j’ai trouvé dans la lecture de certains ouvrages consacrés au bouddhisme tibétain de très belles sources de réponses. Et une des ‘preuves’ que j’ai une vie réussie est que je peux vous communiquer, à travers cet article, mon enthousiasme à réfléchir encore et encore à cette question…