Madame de Staël, femme passionnément intellectuelle!

imagesCA1FSQ5QJe me suis plongée dans la biographie de Michel Winock sans attente particulière. J’étais curieuse de mieux connaître celle qui était pour moi une référence littéraire lointaine. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir celle que l’on peut, sans hésiter, considérer comme une des femmes les plus brillantes de l’histoire! Une femme, qui, à son époque, c’est-à-dire entre 1766 et 1817, a suscité tant des passions amoureuses et intellectuelles, une opposition farouche, tant son esprit était vif, visionnaire, libertaire! « Ni homme, ni femme », « une méprise de la nature », voilà comment elle était perçue par les hommes! Mais elle se considérait l’égale de ceux-ci, la révolution des moeurs, elle l’a incarnée avant l’heure!

Madame de Staël devrait aujourd’hui être au moins aussi connue que Chateaubriand ou Benjamin Constant, aussi référencée que tous les auteurs d’écrits politiques majeurs et pourtant.. qui connaît aujourd’hui la portée de ses écrits?

Parce qu’elle était éprise de liberté, elle fut parfois insultée et méprisée. Elle fut souvent perçue comme une intrigante dangereuse. Elle vivait à une époque où le fait d’être une femme bloquait par principe tout accès aux fonctions dévolues exclusivement aux hommes. Il fallait, en tant que femme, abandonner les ambitions du pouvoir. Il restait le pouvoir de la critique et la possibilité d’agir en ‘coulisses’ pour faire vivre ses idées et obtenir des résultats. Elle ne manqua pas d’y recourir!

Madame de Staël s’inscrit dans l’histoire de l’émancipation des femmes, autant par ses idées que par sa vie privée. Un mari, des amants, des enfants d’hommes différents, un salon où elle invitait les plus grands esprits de l’époque, un rayonnement intellectuel international, capable de parler plusieurs langues, de vivre un très long exil (Napoléon, qui la détestait, l’a tenue à distance de la France) et capable aussi de braver les dangers et les menaces, voilà une vie très lointaine de la plupart des femmes de son époque! Toute femme ‘savante’, qui osait briller autrement que par sa beauté ou son abnégation, était victime des préjugés et des plaisanteries.’Précieuses ridicules’! A la femme savante, on préférait la femme confinée à l’univers domestique…

Madame de Staël avait des parents qui ont permis l’éclosion de sa pensée: un père, Necker, qui fut ministre des Finances en France et une mère qui tenait un salon représentatif du siècle des Lumières. Nourrie d’idéaux, Madame de Staël a toute sa vie agi pour défendre non seulement ses proches – elle était d’une générosité sans pareille – mais aussi le destin politique de la France mais également de l’Europe, à travers ses écrits politiques précurseurs de la démocratie telle que nous la connaissons aujourd’hui!

Madame de Staël est aussi reconnue pour une ‘invention’ majeure: la littérature romantique! En effet, avant elle, point de sentiments exaltés, avec elle, place aux émotions, aux sensations fortes et aux passions déchaînées! Elle a ouvert une nouvelle voie dans la littérature, voie dans laquelle les épanchements, l’imagination, les rêves, la sensibilité sont majeurs. D’une manière que je trouve encore aujourd’hui d’une acuité remarquable, elle décrit les passions. Voici sa définition du bonheur: « La base du bonheur, c’est la certitude de n’être jamais agité ni dominé par aucun mouvement plus fort que soi ». Elle indique que les ressources du bonheur sont en nous, et certainement pas à chercher en dehors de soi car alors on tombe dans l’attente, les désirs inassouvis, les frustrations, la haine de soi. Et elle sait de quoi elle parle car elle a connu dans sa vie tous les tourments qu’elle conseille de ne pas connaître… « Je pleure, donc je suis »… Son besoin d’écrire: « J’ai écrit pour me retrouver, pour dégager mes facultés de l’esclavage des sentiments ».

Un fait qui mérite selon moi d’être relevé, c’est que malgré qu’elle ait été privée d’un physique avantageux selon les normes en vigueur en son temps, les hommes qu’elle fréquentait se disaient littéralement ‘magnétisés’ par elle. Ainsi, plutôt que de subjuguer les hommes par sa beauté, ce qui était le cas de certaines de ses contemporaines – dont on connait bien les noms encore aujourd’hui, elles ont eu plus facile ainsi à gagner la postérité – elle provoquait une attirance irrésistible par sa façon de s’exprimer, son art subtil d’écouter et de raisonner en même temps, et surtout par ses idées. Un des hommes qui l’a cotoyée longtemps parle de « puissance surnaturelle »! Mais cela ne suffit pas toujours d’avoir un esprit hors du commun. Elle dira: « Les hommes préfèrent les femmes brillantes, mais ils se marient avec les femmes communes ». Sommes-nous loin de ce cliché encore aujourd’hui? 🙂

Je retiendrai de cette très dense biographie, sa sensibilité, sa verve, son esprit critique et éclairé, son magnétisme, sa franchise, même dans les moments les plus difficiles de sa vie, ses élans, son enthousiasme envers les personnes et la société. Elle ne s’enfermait dans aucune routine. Je suis certaine que si je l’avais moi-même connue, je l’aurais trouvée ‘irrésistible’, elle m’aurait emportée dans son tourbillon d’idées et je me serais aussi beaucoup amusée, car en plus d’être une véritable intellectuelle, elle était aussi pleine de vie. Je lui laisse le mot de la fin: « Je ne puis séparer mes idées de mes sentiments ».

La biographie:

Son roman phare: