Alice Munro, des nouvelles et des femmes

imagesCAJQ3JVBLe prix Nobel de littérature 2013, c’est elle!  Alice Munro est Canadienne et est décrite comme « la maîtresse de la nouvelle contemporaine »! Elle a été comparée à Tchekhov! L’Académie suédoise a récompensé pour la 13ème fois une femme, après Doris Lessing en 2007. Ses personnages principaux sont très souvent des femmes aux itinéraires difficiles. Ses nouvelles décrivent l’interaction de ses femmes avec leurs familles et leurs proches. Alice Munro a écrit sur le deuil d’une mère, le désamour d’un mari, la jalousie d’une belle-mère, la violence des jeux d’enfants.

Que décrivent ses nouvelles? Des histoires de famille, de brèves rencontres, la fragilité des liaisons amoureuses, le bonheur des retrouvailles, un univers de femmes, dans lequel gravitent de nombreux personnages, rêves et frustrations, désirs inavoués, passions sans espoir. Un question taraude Alice Munro: jusqu’où peuvent-elles aller ces femmes qui plaquent tout « par usure ou par hasard »? Parviendront-elles à « prendre en charge leur propre vie »?

Alice Munro est née en 1931. A 19 ans, elle a écrit sa première nouvelle, Les Dimensions d’une ombre. A l’adolescence, elle a décidé de devenir écrivain: « Je n’ai aucun autre talent, je ne suis pas intellectuelle et me débrouille mal comme maîtresse de maison. Donc rien ne vient perturber ce que je fais », a-t-elle déclaré il y a quelques années.

Elle s’est mariée en 1951, elle a eu 4 filles, dont une décédée à la naissance. En 1963, elle a ouvert une librairie qui existe encore! Elle a connu un divorce, un remariage. L’héroïne de la première nouvelle, Carla, fuit son mari et projette de mener une existence neuve ailleurs, mais son mari, même s’il n’est plus là, refuse de s’effacer. « Et quand elle aurait fini de fuir, quand elle continuerait simplement d’exister, par quoi le remplacerait-elle ? Quoi d’autre – qui d’autre – pourrait jamais lui poser un défi si éclatant ? » Comment échapper à l’enfer conjugal, laisser tout derrière soi, fuguer?

14 recueils composent son œuvre, dont Amies de ma jeunesse (1992), Les Lunes de Jupiter (1989) ou Un peu, beaucoup, pas du tout. « Petites gens, grands sentiments », a résumé le comité Nobel pour justifier son choix. Alice Munro a publié en 2012 Dear Life, qui, selon elle, est son dernier recueil.

Je vous propose quelques extraits de son oeuvre, dans son livre Du côté de Castle Rock: »Ce n’était pas que j’aie renoncé à la passion. La passion, au contraire, entière, destructrice même, était ce que je recherchais. Exigence et soumission. Je n’excluais pas une certaine forme de brutalité, mais sans confusion, sans duplicité, sans surprise ni humiliation d’une nature sordide. Je pouvais attendre, et ce qui m’était dû me viendrait, quand je serais épanouie. »

Dans son livre L’amour d’une honnête femme: « Je suis heureuse. La sensation de voir l’argent jeté d’un pont ou loin en l’air m’a été donnée. L’argent, les espoirs, les lettres d’amour … toutes ces choses peuvent être lancées en l’air et retomber transformées, légères et libérées du contexte. »

Dans son livre Trop de bonheur: « Pendant très longtemps le passé se détache de nous facilement et, selon toute apparence, automatiquement, parfaitement. Ce n’est pas tant que les scènes du passé disparaissent mais plutôt qu’elles perdent tout intérêt. Et puis il se produit un retournement, ce qui était terminé et réglé ressurgit, réclamant l’attention, réclamant même qu’on tente d’y remédier, alors que l’absence et l’impossibilité absolues et tout remède crèvent les yeux. » .. « Rappelle-toi toujours qu’en sortant de la pièce, un homme y abandonne tout ce qui s’y trouve, lui a dit son amie Marie Mendelson. Quand une femme en sort, elle emporte avec elle tout ce qui s’est passé dans cette pièce. »

Dans son livre Les lunes de Jupiter: « Elles étaient toutes dans la trentaine, âge auquel il est parfois difficile d’admettre que c’est sa propre vie qu’on est en train de vivre. »