Stéphanie Goujon, stop au gaspillage et oui au partage!

stephanie goujon Stéphanie Goujon est directrice générale de l’Agence du don en nature (www.adnfrance.org), une association combinant solidarité et respect de l’environnement. Son credo: « moins de gaspillage, plus de partage. »  L’Agence du don en nature est le résultat d’un constat : pourquoi détruire des millions de produits neufs alors que de l’autre côté près de 8 millions de personnes en France sont dans le besoin, en dessous du seuil de pauvreté ? L’idée est d’offrir à ces produits invendus une deuxième vie et de faire en même temps un geste pour la planète. L’agence est une plate-forme logistique entre les industriels et les associations caritatives pour redistribuer à ces dernières les stocks de produits non alimentaires jetés à la poubelle, faute d’avoir été vendus avant la sortie du nouveau packaging ou parce que leur emballage est abîmé.

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C’est à la naissance de sa fille, en 2007, que le déclic se produit pour Stéphanie Goujon: « J’aimais beaucoup mon métier de publicitaire mais, lorsque ma fille est née, j’ai eu envie qu’elle puisse voir les arbres quand elle serait grande« , explique celle qui évoque avoir été saisie d’un « stress pour la planète ». Elle se met en quête d’une nouvelle dimension à donner à sa vie professionnelle. Elle a d’abord été bénévole de l’Agence du don en nature, puis a démissionnié de son job avec la conviction d’avoir repris sa vie en main.

Elle confie travailler beaucoup plus que dans son ancienne vie de publicitaire, qui était déjà bien remplie. « Au-delà de la fibre humanitaire, j’ai la fibre entrepreneuriale. J’y pense le soir, le week-end, quand je fais mes courses. Si je vois dans le journal qu’un produit a changé de packaging, je ne peux pas m’empêcher de contacter l’entreprise le jour même pour récupérer les invendus », s’amuse-t-elle.

Stéphanie Goujon dit vivre une aventure formidable : « J’ai opéré un virage à 180 degrés, dit-elle. Avant, je vendais des produits. Maintenant, je les donne. Je suis passée d’une logique capitaliste à une logique de correction des excès d’une société de surproduction, explique-t-elle. C’est plus compliqué, mais c’est passionnant. »

Stéphanie Goujon voit dans son parcours une certaine continuité: « Mon job consiste à trouver des solutions. Avant, il fallait coûte que coûte que l’affiche publicitaire soit livrée à la date prévue, quels que soient les problèmes de chacun. Aujourd’hui, je suis face à un autre problème, les invendus jetés alors que certaines personnes vivent dans la pauvreté, et je m’adapte aux enjeux de chacun, industriels et associations. »

Ce qui la motive au quotidien: « construire une passerelle entre le monde lucratif et le non lucratif, une véritable innovation sociale. C’est aussi le sentiment d’être – un peu – utile, avec le sourire d’une femme qui retrouve confiance grâce à un produit de beauté, ou d’un jeune de quartier qui reçoit un kit d’électroménager pour s’installer. »

L’Agende du don en nature a lancé à la fin de l’année 2013 une initiative destinée à aider des femmes fragilisées à prendre soin d’elles. Il s’agit d’accompagner des femmes en situation de précarité à travers une opération « Solidarité femmes ». En effet, l’étude « Les Visages de la précarité en France » (disponible sur http://www.adnfrance.org) rappelle que certaines femmes sont dans une situation particulièrement difficile en temps de crise. L’opéarion consiste à distribuer plus de 800.000 produits neufs et d’animer des ateliers sur l’estime de soi.

En guise de conclusion, voici son conseil: « Je crois que beaucoup de trentenaires (et des hommes aussi d’ailleurs …) se posent des questions sur le sens de leur travail. D’où mon message d’encouragement: même si ce n’est pas simple, osez franchir le cap ! Personne ne vous en voudra jamais d’avoir tenté une expérience solidaire et vous en tirerez une grande fierté. »