Esther Duflo, l’économiste qui veut en finir avec la pauvreté!

Esther%20DufloEsther Duflo conseille Barack Obama sur les questions de développement et est professeure au Massachussests Institute of Technology (MIT). Esther Duflo est considérée dans le monde comme l’économiste de la pauvreté: celle qui tente d’en comprendre les mécanismes de façon scientifique, afin de calculer et améliorer l’efficacité des politiques de développement. Esther Duflo a créé le Poverty Action Lab, un centre de recherche du MIT qui vise à évaluer l’efficacité de programmes sociaux dans le monde.

Elle est titulaire de la chaire « Savoirs contre la pauvreté » au Collège de France et est attachée à la compréhension de la réalité du terrain: « On réfléchit souvent à ce problème de la pauvreté dans le monde de manière un peu caricaturale. On remplace la réflexion sur la pauvreté par une succession de caricatures. Chacune de ses images engendre une série d’idées sur la bonne politique pour lutter contre la pauvreté. Comme ces images sont partielles, ou fausses, les politiques qui en découlent sont elles-mêmes partielles et fausses. » Ainsi, elle prône de s’attaquer aux théories en examinant les pratiques.. Nous sommes donc très loin de l’univers de nombreux économistes!

Esther Duflo a écrit Repenser la pauvreté avec l’économiste indien Abhijit V. Banerjee en 2012. Un ouvrage salué pour son innovation dans le monde entier. Faut-il distribuer gratuitement de la nourriture? Vaut-il mieux donner ou vendre les moustiquaires qui protègent du paludisme? La microfinance est-elle le remède espéré pour sortir des « pièges de la pauvreté »? L’ouvrage a pour objectif d’examiner « ce que la vie et les choix des pauvres nous apprennent quant à la façon dont il faut mener la lutte contre la pauvreté à l’échelle mondiale ». Il s’agit de partir des modes de vie des populations pauvres pour ensuite choisir des initiatives et des politiques appropriées – et non plus d’imposer des actions qui ne tiennent pas compte des habitudes des populations visées par les programmes d’aide.

Cet ouvrage propose un autre point de vue sur différents enjeux liés à la pauvreté. La faim et la pauvreté sont souvent présentées comme allant de pair. Il y aurait une trappe à pauvreté de la malnutrition, les pauvres ayant moins les moyens de se nourrir et devenant ainsi moins productifs et moins capables de générer un revenu. Or, d’une part le budget des plus pauvres n’est pas entièrement consacré à la nourriture, d’autre part, les dépenses alimentaires n’augmentent pas proportionnellement au revenu.

Concernant la santé, les auteurs Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo utilisent quelques exemples pour montrer que certaines pratiques peu chères sont efficaces: allaitement au sein, chlorage de l’eau. Le problème étant que les pauvres eux-mêmes consacrent leurs dépenses de santé à des traitements coûteux plutôt qu’à la prévention. Le rôle de l’État est alors de concentrer les efforts sur les incitations à la prévention.

Concernant l’éducation, les auteurs font le constat d’un fort taux d’absentéisme dans les écoles. Un des enjeux premiers est de faire venir les enfants à l’école. Or une étude menée par la Banque Mondiale a révélé un absentéisme des professeurs de près d’un jour sur cinq. Ainsi, les politiques d’éducation doivent se concentrer aussi sur l’offre d’éducation. Un deuxième écueil de l’éducation est la vision du monde scolaire partagée par les populations pauvres : les premières années d’études sont considérées comme moins rentables. Cette conception de l’éducation peut ainsi provoquer un piège à pauvreté. La solution est donc de créer des conditions au développement de la scolarisation de tous, en construisant des programmes mettant l’acquisition des compétences fondamentales par tous.

Concernant la fécondité, doit-on considérer que les familles nombreuses sont un obstacle au développement? Une croissance forte de la population peut signifier une capacité à innover. D’après Esther Duflo, le débat ne peut donc être tranché théoriquement.

Un chapitre du livre traite du fait que les pauvres font face à des risques importants, car ils sont presque totalement responsables de leurs revenus économiques et doivent souvent avancer l’intégralité des capitaux nécessaires. Ainsi, l’exposition des pauvres au risque est plus marquée, avec des conséquences plus dramatiques. La stratégie de diversification des risques se pratique également, par l’occupation de plusieurs champs, les migrations temporaires d’une partie du foyer ou l’augmentation du nombre d’enfants. Cependant, ces stratégies sont très coûteuses. Les auteurs prônent dans ce chapitre une meilleure répartition des risques par leur mutualisation au sein d’un village.

L’approche de toute politique de développement devrait être selon les auteurs d’être conscients que « de petits changements peuvent parfois aboutir à une révolution douce ». Ce qui est vrai pour la lutte contre la pauverté l’est aussi dans bien d’autres domaines… Agissons, même doucement, mais agissons maintenant!