Frères et soeurs, chacun cherche sa place!

87415861_pJ’ai la chance d’avoir une soeur et un frère qui sont de véritables amis! Mais l’amitié entre frères et soeurs est-elle naturelle? La compétition peut parfois être rude… 🙂

L’accent mis par Freud sur la problématique œdipienne – l’enfant rêvant d’évincer son parent de même sexe pour prendre sa place auprès du parent de sexe opposé – a longtemps conduit à ne regarder les relations fraternelles que sous l’angle de la rivalité et de la jalousie. Mais la fratrie se vit aussi comme « une identité collective, comme un ‘nous’, partageant le même inconscient », selon Marie-Laure Colonna, psychologue.

« Nous vivons, dans nos rapports sociaux, des projections inconscientes de ce que nous avons connu dans nos fratries », indique Marie-Laure Colonna. Le lien social s’édifie sur le lien fraternel, notamment à travers le jeu. « C’est le terrain sur lequel l’enfant construit des mondes imaginaires, expérimente des rôles différents. »

Nicole Prieur, philosophe et psychothérapeute familiale, affirme: « Dans la construction psychologique d’un individu, l’influence de la fratrie est bien plus grande que celle des parents. » C’est souvent dans la relation entre frères et soeurs que l’on teste sa personnalité, que l’on cherche ses limites.

Pourquoi cette relation peut-elle être si forte ? « Parce qu’elle se noue en des temps immémoriaux », précise Françoise Peille, psychologue et auteure de Frères et Sœurs, chacun cherche sa place. « Il y a, dans les fratries biologiques, l’expérience fondamentale d’être issus d’un même ventre, lieu archaïque de constitution du lien fraternel. » Chaque fratrie est unique et chaque personne tente de trouver sa place à sa manière. Des frères et soeurs amis ou ennemis? Les relations évoluent avec le temps… Si la complicité n’est pas forcément au rendez-vous quand on est enfants, elle peut apparaître à l’âge adulte!

Qu’en est-il des familles recomposées? La « reconfiguration » familiale peut complexifier les relations: l’aîné rétrogradé en position de deuxième ou troisième, des inquiétudes, des rivalités, … Mais aussi des nouveaux amis introduits dans la famille. Le terme « demi-frère ou demi-soeur » peut ainsi être banni!

J’ai lu le livre Les soeurs Beauvoir de Claudine Monteil. La biographe connaissait intimement les deux soeurs et révèle une relation à la fois très intense, parfois très affectueuse, parfois très dure car l’aînée, Simone, jugeait souvent sa cadette, toujours un peu dans l’ombre de cette soeur si connue. Une soeur peut-elle éclipser l’autre? Hélène disait ceci à propos de sa soeur Simone de Beauvoir: « Ce n’est pas un hasard si deux soeurs si différentes de tempérament ont en commun une certaine attitude devant la vie. Simone et moi, nous avons toutes deux passionnément désiré une autre existence que celle de notre mère, de nos tantes, de toutes ces femmes vertueuses et résignées qui ne parlaient que de devoir. Nous voulions le bonheur, la vie, nous voulions créer ».

Je dédie cet article à ma soeur et mon frère chéris!