Doris Lessing, romancière rebelle et anti-conventionnelle!

doris 2Doris Lessing, en quelques mots, c’est: l’Afrique, le féminisme, les injustices raciales, les prises de position anti-apartheid, le prix Nobel de littérature.  Elle disait: « J’ai toujours voulu décrire mon époque (les années 1950, l’après-guerre, les dernières années de Staline vues d’Angleterre) comme le fit Tolstoï pour la Russie ou Stendhal pour la France. Mais cette tentative suppose que ce filtre que constitue le regard d’une femme sur le monde ait la même valeur que le filtre masculin. » Elle se définissait en tant que conteuse: « ce sont nos histoires qui nous recréent quand nous sommes déchirés, meurtris et même détruits. C’est le conteur, le faiseur de rêves, le faiseur de mythes, qui est notre phénix : il nous représente au meilleur de nous-mêmes et au plus fort de notre créativité. »

Doris Lessing fut une « indignée » en permanence, elle s’élevait contre la société de consommation « qui nous abrutit, nous qui sommes gavés de nourriture, avec nos placards pleins de vêtements, et qui étouffons sous le superflu ». Elle est décédée en 2013 à l’âge de 94 ans. Elle a écrit toute sa vie, voici ci-dessous ses romans phares.

Son premier roman, Vaincue par la brousse (1950) est son premier succès. Le livre raconte la relation amoureuse complexe et perverse entre la femme d’un fermier blanc et un domestique noir. L’histoire se passe en Afrique à la fin des années 1940, en Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe), où Doris Lessing a grandi. La profondeur psychologique et la maturité de cette première fiction furent saluées par la critique de l’époque.

Largement autobiographique, le cycle Les Enfants de la violence évoque l’histoire d’une adolescente qui se cherche. Martha vit en Afrique du Sud, à la veille de Seconde Guerre mondiale. Elle est le témoin de la montée du nazisme et confrontée aux remous de son existence de femme en devenir. L’héroïne est partagée entre le désir de révolte et la soumission liée à sa condition. La vie de la jeune Martha s’étale sur trois tomes: Les Enfants de la violence, L’Écho lointain de l’orage et La Cité promise.

C’est avec Le Carnet d’or que l’écrivain devient véritablement (et malgré elle) une icône pour les femmes et la porte-parole du féminisme des années 1960 et 1970. Elle imagine un personnage de romancière qui tient son journal intime en plusieurs carnets: noir pour son travail, rouge pour son engagement politique (au Parti communiste), jaune pour ses sentiments et bleu pour sa réflexion sur soi. Le Carnet d’or les rassemble tous. À travers ces carnets, elle dresse le portrait de femmes de l’après-guerre: révoltées, engagées et désireuses de devenir indépendantes. Femmes libres, c’est le roman dans le roman, la colonne vertébrale du Carnet d’or. Molly Jacobs et Anna Wulf sont réunies. Elles sont seules dans une acception langagière où deux femmes non accompagnées d’hommes sont seules. Elles ne sont pas libres. Ligotées au contraire par la vie, la dépression d’Anna Wulf, les angoisses professionnelles et familiales de Molly Jacobs.

Après deux romans autobiographiques (Dans ma peau et La Marche de l’ombre), Doris Lessing revient à la fiction avec Les Grands-Mères. Le livre fait scandale à sa sortie. L’intrigue est celle de deux femmes mûres et belles qui ont chacune une aventure sexuelle avec le fils de l’autre. L’histoire choque tout le monde sauf son auteur. «Une aventure qui n’est pas autobiographique, cette fois, mais je le regrette…», avait déclaré Doris Lessing lors de la publication des Grands-Mères. Le roman a été adapté au cinéma par Anne Fontaine sous le titre de Perfect Mothers.

Pour Doris Lessing, les émotions, la pensée, l’amour et la littérature ne font qu’un. Quel héritage nous laisse-t-elle?  Sa vie et son oeuvre – intimement liées – illustrent la curiosité et la liberté: elle a quitté l’école à 13 ans et s’est formée par elle-même, elle n’a pas hésité à rompre un mariage qui ne lui apportait pas l’épanouissement et à tenter de trouver sa voie seule.

Doris Lessing a toujours détesté être cataloguée, elle disait « Je n’appartiens à aucun camp. Je suis un écrivain, c’est tout. » Ecrire c’est déjà beaucoup… Lire les romans de Doris Lessing, c’est rendre hommage à une conteuse, à la fois profonde et farceuse!