Quelle parité dans les métiers?

job-feminin-diaporamaAujourd’hui, en France et en Belgique, la division des métiers est toujours très sexuée. Un tiers des titulaires d’un diplôme d’ingénieur sont des femmes alors que 3/4 des étudiants dans les masters littéraires sont des femmes. En France, 47 % des femmes se concentrent dans une dizaine de métiers (secrétaires, aides-soignantes, infirmières, enseignantes). On comptabilise une fille sur 21 étudiants en physique et chimie et une sur 28 en maths-physique-informatique. A ce rythme, il faudrait attendre 2080 en France pour atteindre la parité entre chercheurs et chercheuses au CNRS en sciences dures et 2075 pour les écoles d’ingénieur… On a 15 % de femmes professeurs d’universités, 13 % de femmes à la présidence des universités.

Le plafond de verre dans le déroulement des carrières féminines, parfois amplifié par l’auto-censure des femmes elles-mêmes, trouve aussi son origine dans des préjugés tenaces et anciens. Combien d’exploratrices dans la littérature pour la jeunesse? Or, toutes les études démontrent que la parité est un facteur positif pour la productivité économique…

Les filles investissent de plus en plus de filières scolaires et par la suite de secteurs, comme le droit, la communication, la santé, la banque et l’assurance. Mais la mixité professionnelle progresse lentement. Les métiers dits ‘très féminins’ (comme les assistantes maternelles) sont ceux dont les effectifs progressent. La part des femmes a progressé significativement dans de nombreux métiers, comme les cadres commerciaux, les formateurs, les cadres de la banque ou les professionnels du droit (sauf juristes). Certains métiers très féminisés se sont en partie « déféminisés », comme les caissiers ou employés de libre service. Mais d’autres se sont encore plus féminisés, comme les coiffeurs ou les employés de banque et de l’assurance. La part des femmes a le plus diminué chez les employés et opérateurs de l’informatique, passant de 84,6 à 55 %. On enregistre aussi une baisse chez les techniciens de l’informatique et des télécoms (de 19 à 11,7 %). La part de femmes dirigeantes d’entreprise s’est réduite, de 18,7 à 15,8 %.

Pour les personnes peu diplômées, la ségrégation s’est accrue du fait de la progression de métiers féminins peu qualifiés (femmes de ménage, aides soignantes). Pour les métiers plus qualifiés, un grand nombre de familles professionnelles demeurent très peu ouvertes aux femmes, comme les ingénieurs de l’industrie (22,5 % de femmes), les architectes et cadres du BTP (20,7 %), les cadres de la logistique (22,7 %). Par ailleurs, les femmes restent le plus souvent quasiment absentes des sphères de décision.

Cette situation crée des paradixes… Comment imaginer par exemple que les solutions et services numériques qui seront proposés à l’avenir soient conçus majoritairement par des hommes, alors que ce sont les femmes les plus grandes utilisatrices du web!

Ci-dessous le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, rédigé par Catherine Dufour, qui fait découvrir plus de cinquante professions, depuis aventurière jusqu’à physicienne en passant par chef d’orchestre, informaticienne ou surfeuse. Chaque fiche-métier offre deux portraits : celui d’une pionnière et celui d’une femme d’aujourd’hui. Pourquoi un tel guide? Catherine Dufour s’explique: « J’ai feuilleté le catalogue Jouets d’un grand magasin. Sur fond bleu : des autos, des motos, des bateaux et des boites de petit chimiste amusant. Sur fond rose : des poupées qui marchent, parlent et (New !) font leurs dents, dix Barbie princesse et une Barbie passe la loque + son chariot de ménage avec de nombreux articles (seau, balai, balayette, pelle, lessive. Facile à monter). Materner, c’est très bien, faire le ménage, c’est nécessaire et s’habiller sexy peut être agréable, mais ce ne sont pas les trois seules façons pour une fille de gagner sa vie. Il y en a beaucoup d’autres, souvent bien mieux payées. J’ai donc, afin de compléter ce catalogue, composé un Guide des métiers pour les petites filles. Chaque fiche détaille, à travers des exemples concrets, les avantages et les aléas de la profession concernée. »

Alain Testart, anthropologue décédé en 2013, cherchait à comprendre pourquoi les femmes occupent tel type de métiers et pas tel autre. Pourquoi y a-t-il eu à travers les siècles si peu de femmes marins, chasseurs ou vignerons ? Pourquoi a-t-on assigné aux femmes les tâches de cueillir, de filer, de tisser? Alain Testart a exclu des explications naturalistes, du type « il y a des métiers qui réclament des muscles qui manquent naturellement aux femmes ». Il donnait l’exemple des Africaines qui s’occupent du mil en soulevant le pilon. L’anthropologue a exclu aussi l’arugument du type: « on ne pouvait confier la chasse aux femmes, sinon la tribu aurait manqué de nourriture au moment des grossesses et de l’allaitement ». Les études des sociétés anciennes révèlent en effet que les femmes chassaient.

Quelle explication donner alors? L’ouvrage d’Alain Testart L’amazone et la cuisinière montre que les métiers que n’exerçaient pas les femmes étaient des métiers dont les femmes étaient bannies. Sur quels fondements? A cause de croyances nées dans la préhistoire et qui ont traversé les siècles, entièrement liées aux menstruations. Quand les femmes sont autorisées à chasser, c’est parce qu’elles le font avec des chiens ou des pièges, jamais avec des lances ou des harpons, qui font jaillir le sang. Pour les marins, une femme qui sera soumise à une agitation intérieure provoquera une agitation extérieure sous forme de tempête. Alain Testart rappelle que les femmes n’ont pas commencé à travailler avec la révolution industrielle : elles ont travaillé dur dans toutes les sociétés et dans toutes les cultures. Mais leur travail s’organisait autour d’une répartition des tâches fixée par les tabous et les interdits proférés par les hommes. S’il y a aujourd’hui quelques femmes qui dirigent des navires, taillent la vigne, etc., c’est parce qu’elles se sont battues pour gagner leurs droits contre les superstitions masculines!

Métier

Pourcentage de femmes par rapport au nombre total de travailleurs en Belgique

1. Diététicienne 99,0%
2. Femme de ménage à domicile 98,2%
3. Institutrice maternelle 97,6%
4. Garde-enfant et aide ménagère 97,0%
5. Secrétaire 93,0%
6. Secrétaire de direction 90,8%
7. Aide-soignante et aide-infirmière 89,5%
8. Infirmière 88,2%
9. Assistante pharmacienne 87,3%
10.Nettoyeuse 85,5%
11. Coiffeuse et esthéticienne 85,1%
12. Institutrice 83,6%
13. Caissière, guichetière 80,6%
14. Réceptionniste 80,2%
15. Employée en comptabilité 77,8%
16. Assistante sociale 75,3%
17. Bibliothécaire, documentaliste 74,5%
18. Pharmacienne 71,8%
19. Vendeuse et employée de magasin 70,1%
20. Hôtesse de l’air et stewardesse 68,3%