Comment gérer les pleurs de nos enfants?

eb79b8c4Tous les livres que j’ai lu sur la parentalité indiquent qu’il est essentiel d’accueillir les pleurs, les émotions, de ne pas demander à nos enfants de les réprimer, bien au contraire. Un enfant qui pleure, c’est souvent un enfant en demande d’attention, d’affection, d’écoute. Refuser de répondre à son appel, c’est le renvoyer dans l’isolement, la tristesse, voire le désespoir de sentir qu’il n’a pas le droit d’exprimer ses émotions, parfois très négatives et incompréhensibles pour lui-même.

Prendre notre enfant dans nos bras, le rassurer sur notre amour et notre disponibilité, lui proposer de pleurer blotti contre nous, c’est lui donner l’espace et l’attention qu’il cherche justement à travers ses pleurs. Traiter une petite fille de ‘pleurnicharde’, un garçon de ‘poule mouillée’, alors qu’ils ressentent un vrai inconfort, une grande frustration ou tristesse, quel déni du ressenti de nos enfants… Est-ce parce que nous ne nous accordons pas à nous-mêmes le droit de pleurer, de ressentir nos émotions jusqu’au bout?

Un enfant qui ne pleure que rarement, qui est ‘sage’, obéissant, c’est le résultat de la répression de ses émotions et les psychologues les reçoivent des années plus tard dans leurs cabinets pour que ces enfants devenus adultes puissent enfin pleurer et dire par quoi ils sont passés…

Les larmes de nos enfants surgissent parfois à des moments étonnants, longtemps après la cause de leurs pleurs. Une journée pendant laquelle nos enfants accumulent toutes sortes de frustrations, d’inquiétudes et pendant laquelle ils ont manqué d’occasions pour s’exprimer, et voilà que le soir, ils éclatent en sanglots pour ‘rien’ selon nous… Mais ces larmes-là, ils les ont gardées pour les sécher avec nous! Ils ont besoin de notre douceur et tendresse pour ‘nettoyer’ leurs tracas et retrouver leur joie de vivre! C’est parce que nos enfants se sentent en sécurité avec nous, accueillis, qu’ils se permettent des crises de larmes, cela peut sembler paradoxal: nous recevons les crises de nos enfants si sages quand ils ne sont pas avec nous! 🙂

Au milieu d’une crise de rage, que faire? Alors que de nombreux ouvrages prônent le ‘time out’ et la mise à distance, certains psychologues au contraire insistent sur l’importance du contact physique à ce moment particulier, le contact permettant aux enfants de faire le tri entre leurs sensations, d’évacuer les émotions trop fortes et de sentir en même temps notre accueil et notre soutien dans ce difficile passage. Un enfant n’est pas un adulte qui a appris à nier ou inhiber ses émotions. Son cerveau n’est pas mature comme le nôtre. Il ne fait pas ‘exprès’ d’être insupportable 🙂

C’est en évacuant ses frustrations qu’un enfant passera le plus vite à autre chose. Lorsqu’un enfant sent qu’il est écouté et respecté durant une crise de rage, en général, cela va le convaincre de renoncer à en faire une habitude. Le ‘simple’ fait d’être compris est souvent apaisant pour un enfant. Il est important de mettre des mots sur ce que l’enfant ressent, y compris quand il est violent en paroles ou en actes.

Empêcher un enfant de pleurer, c’est prendre le risque que la tristesse, la rancoeur s’accumulent en lui. Laisser un enfant sangloter dans son coin, c’est lui donner l’impression qu’il est seul et qu’il n’a pas le droit ni d’exprimer ses émotions ni d’être écouté. C’est donc un grand risque de ‘rupture’ entre nous les parents et nos enfants. A l’inverse, un enfant qui ne réagit que en ‘piquant une crise’, c’est un signal d’alerte. Il doit apprendre à pouvoir réagir autrement et il est important, après l’avoir écouté, de lui proposer d’autres manières de s’exprimer.

Que faire face aux larmes de ‘crocodile’? Avez-vous tenté un brin d’humour, un détournement drôle de la situation? Souvent, en faisant nous-mêmes l’enfant, cela permet d’écourter ce type de situation. Il faut le faire avancer pour éviter qu’il ne ‘patine’, qu’il ne fasse du sur place en geignant sans cesse, pour tout et pour rien. Il s’agit de proposer une écoute très attentive, de proposer un câlin et un moment de partage, en tous les cas, de ne pas considérer cela comme normal et le cataloguer dans le clan des pleurnicheurs.

Comment réagir aux pleurs en pleine nuit? C’est un passage très fréquent entre 2 et 4 ans, et parfois bien au-delà. Il faut trouver un équilibre subtil: prendre la chose au sérieux, le rassurer: ‘tu es en sécurité dans ta chambre’ et … éviter de le prendre dans notre lit! Il s’agit d’apprendre à s’endormir à nouveau seul(e) et rassuré(e) sans tomber dans une angoisse permanente. La mise en place de rituels spécifiques, tels que le fait de raconter une histoire – il y a d’ailleurs plein de livres pour enfants spécifiques pour les nuits difficiles – de chanter une berceuse et de lui tenir un peu la main.

Un enfant apprend petit à petit à moduler ses émotions. Progressivement, ce ne seront plus des crises de rage qui se succéderont mais une palette de plus en plus nuancée d’humeurs, de moments joyeux et de moments plus difficiles. Il s’agit d’apprendre à nos enfant à gérer leurs émotions, sans les renier, les sous- ou sur-estimer. Il ne s’agit pas de libérer ses émotions n’importe comment et n’importe quand mais d’apprendre à vivre bien avec soi-même et en société.

En tant que parents, concentrons-nous sur les raisons d’un comportement et non pas uniquement sur le comportement lui-même… Cela vaut d’ailleurs pour tout type de relation! 🙂