Avec Laure Prouvost, plongeons dans nos émotions

laureEn 2013, Laure Prouvost a été la première Française à recevoir le prix le plus prestigieux décerné à un artiste contemporain, britannique ou résidant au Royaume-Uni. Londres, elle s’y est installée en 1999, pour poursuivre au Central Saint Martins College of Art and Design, puis au Goldsmiths College, des études commencées à l’institut Saint-Luc de Tournai, en Belgique, proche de la banlieue de Lille où elle est née, en 1978, à Croix.

«Je fais vraiment n’importe quoi», dit Laure Prouvost. C’est précisément ce qui a convaincu les jurés du Turner Prize, qui ont justifié leur décision en déclarant, par la voix de leur présidente, Penelope Curtis, directrice de la Tate Britain de Londres, que l’utilisation d’images très courtes, familière à la « génération Instagram », dans ses vidéos avait fait grande impression, que son travail les avait séduits notamment « parce qu’il s’était avéré plus profond qu’ils ne l’avaient imaginé, avec une réelle richesse de texture ». Allusion à l’utilisation simultanée de vidéos, mais aussi d’installations d’objets et d’une pratique apparemment traditionnelle de la terre cuite. « Son travail mêle les faits, la fiction, l’histoire de l’art et les technologies modernes », concluait Penelope Curtis.

«Génération Instagram» ? Dans son exposition new-yorkaise, elle montrait, entre autres, une vidéo réalisée quelques années plus tôt, où elle chantait « devant une caméra un e-mail spam qu’on reçoit souvent, et j’y imaginais une personne virtuelle, de celles qui écrivent les spams »… Le film est intitulé How to Make Money Religiously ?« Pour une expo en Amérique, les thèmes de l’argent et de la religion me semblaient pertinents. Je jouais un peu sur cette idée du faux, des images en trompe-l’oeil, mais aussi du trompe-l’oeil d’émotions qu’est la vidéo : un spam d’émotions. Surtout quand elle est traitée comme un american movie, dans l’action : faut faire ça, vous allez là, et ça y est, maintenant vous êtes riche, extrêmement riche, tout va bien, même au niveau spirituel : le nuage est à vous, les images vous appartiennent… »

« On se perd dans mes histoires, un peu… », admet-elle. Et à la question : « Vous êtes poète ? », elle répond : « Je ne le crois pas. Je suis juste une grande menteuse. »