N’ayons pas peur de Virginia Woolf !

2012-12-virginia-woolf-theredlistLa pièce de Edward Albee Qui a peur de Virginia Woolf a été immortalisée dans le film où les deux ‘monstres’ du cinéma que sont Richard Burton et Elizabeth Taylor culminent dans l’art de la cruauté et de la névrose au sein de la vie conjugale…

Mais qui est Virginia Woolf? Une femme, née en 1882, qui a beaucoup lu et écrit, qui a contribué à l’émancipation des femmes en incarnant une farouche volonté d’indépendance, d’autonomie financière et en aimant autant son mari que ses maîtresses! Elle est considérée aujourd’hui comme l’une des plus grandes romancières du 20ème siècle.

Romancière… Virginia Woolf n’a pourtant pas écrit des romans ‘classiques’… Dans l’Encyclopaedia Britannica, voici un extrait qui la concerne: «Au lieu d’écrire des romans dans lesquels les pensées des personnages doivent être déduites de ce qu’il disent ou font, ou dans lesquels les pensées des individus sont retranscrites pour montrer à quelle sorte de personne ils appartiennent, Virginia Woolf choisit d’écrire des romans où la pensée est si minutieusement révélée que les mots et les actions perdent beaucoup de leur importance. Le mérite de ses livres réside d’une part dans sa compréhension de ceux à propos de qui elle écrit, et d’autre part dans le bonheur avec lequel elle use des mots.»

Que pensait-elle du rôle de romancier? Elle a affirmé: « Chaque jour contient beaucoup plus de non-être que d’être […]. Une grande part de la journée n’est pas vécue consciemment. On marche, on mange, on voit des choses, on s’occupe de tout ce qu’il y a à faire; l’aspirateur en panne; commander le dîner […]. Lorsque c’est une mauvaise journée, la proportion de cette ouate, de ce non-être, est beaucoup plus forte. […] Le véritable romancier parvient à rendre les deux sortes d’êtres. De là aussi la conviction que l’histoire, ses péripéties, ne constitue pas l’essence du romanesque. »

Dans ses œuvres, place au ‘modernisme’ car Virginia Woolf a abandonné les codes du roman, donc l’intrigue et la progression dramatique, pour décrire plutôt les états d’âme et les émotions de ses personnages. Elle se base sur sa propre vie, sur ses proches, sa correspondance avec ses amis, ses expériences, ses conversations dans les soirées mondaines, ses observations dans les rues de Londres, les événements relayés dans la presse, tout était pour elle source d’inspiration et d’analyse. Virginia Woolf a créé son style, un mélange de poésie, d’art et d’intellect.

Pourquoi écrire? Virginia Woolf a souffert de dépressions nerveuses, de crises de ‘folie’ (aujourd’hui on dirait qu’elle est bi-polaire, mais à son époque, on utilisait des raccourcis..). Elle était tour à tour exaltée et déprimée. Ce qui la tenait au milieu du tumulte de sa vie (elle n’a pas été épargnée de malheurs: la perte de ses parents alors qu’elle était encore jeune, puis son frère et de nombreux amis), c’était l’écriture, vécue comme une libération mais une souffrance aussi. « Il faut en finir » disait-elle quand elle achevait un roman… L’écriture lui servait à une « mise en ordre de soi et du monde ». Elle a puisé dans les moments les plus tragiques de sa vie pour réaliser une oeuvre à la fois originale et intemporelle.

Quel était son rapport à elle-même? « Je pense parfois que seule l’autobiographie relève de la littérature; les romans sont les pelures que nous ôtons pour arriver enfin au coeur qui est vous ou moi, rien d’autre. »

Comment être soi sans compromis? « Etre immune, c’est vivre à l’abri des chocs, des ennuis, des souffrances, c’est être hors de portée des flèches, avoir assez de bien pour vivre sans rechercher flatterie ni réussite, ne pas être obligée d’accepter les invitations et ne pas se soucier des éloges que reçoivent les autres. »

« Si vous ne dites pas la vérité sur vous-même, vous ne pouvez pas la dire sur les autres. »

Quel fut son apport à l’émancipation féminine? Dans son ouvrage Une chambre à soi, Virginia Woolf détaille les conditions matérielles limitant l’accès des femmes à l’écriture : interdiction pour les femmes de voyager seules pour s’ouvrir l’esprit, de s’installer à la terrasse d’un restaurant pour prendre le temps de réfléchir, de s’asseoir dans l’herbe à la recherche d’une idée ou encore d’accéder à la bibliothèque de l’université. Virginia Woolf s’attarde sur les contraintes liées au mariage, à la charge des enfants et du ménage, ne laissant plus le temps aux femmes de se consacrer à l’écriture. À ce vieil évêque qui déclarait qu’il était impossible qu’une femme ait eu dans le passé, ait dans le présent ou dans l’avenir le génie de Shakespeare, elle répond « il aurait été impensable qu’une femme écrivît les pièces de Shakespeare à l’époque de Shakespeare » en comparant les conditions de vie de Shakespeare et celles de sa sœur (fictive).

Dans cet ouvrage, Virginia Woolf reprend des déclarations masculines tendant à démontrer « qu’on ne pouvait rien attendre, intellectuellement, d’une femme ». Elle dégage deux éléments indispensables pour permettre à une femme d’écrire :

  • avoir une chambre à soi qu’elle peut fermer à clé afin de pouvoir écrire sans être dérangée par les membres de sa famille ;
  • disposer de 500 livres de rente lui permettant de vivre sans soucis.

Elle rappelle à ce titre que les femmes ne pouvaient pas posséder l’argent qu’elle gagnaient, et déclare, à l’époque où les femmes se voient accorder le droit de vote : « De ces deux choses, le vote et l’argent, l’argent, je l’avoue, me sembla de beaucoup la plus importante. »

Nous, les femmes, arrêtons d’accepter d’être interrompues ! Soyons fermes pour faire avancer nos idées, nos projets, pour nous adonner à nos .. petites et grandes folies! Si Virginia Woolf est devenue ce génie de la littérature, c’est car elle s’est arrogé le droit d’avoir une ‘chambre à elle’ !

Son mot de la fin: « I am so composed that nothing is real unless I write it »

Si vous voulez (presque) tout savoir sur Virginia Woolf, voici la biographie (que j’ai lue d’un seul trait, pourtant elle comprend plus de 1000 pages…):

Voici une autre biographie éclairante:

Voici une petite sélection de ses ouvrages: