Nathalie Loiseau, à la tête de l’ENA, nous exhorte à tout oser !

1p-nathalie-loiseau-okNathalie Loiseau publie Choisissez tout pour redonner confiance aux femmes, les encourager à faire ce qu’elles aiment dans leur vie active comme dans leur vie personnelle. Le tout, en bonne alliance avec les hommes. «Il faut aller vers tout ce qu’on aime. Il n’y a pas de norme de vie, on n’est pas obligée d’être ambitieuse, ni obligée de fonder une famille mais on ne doit pas renoncer avant d’avoir essayé», explique-t-elle. Nathalie Loiseau aimerait qu’on arrête de questionner la possibilité pour une femme d’allier vie professionnelle réussie et vie familiale épanouie. Diplomate de formation, passée par l’Indonésie, la Somalie, le Sénégal et les États-Unis, puis par la direction des ressources humaines du Quai d’Orsay, cette mère de trois enfants est la seconde femme à diriger l’École nationale d’administration.

«Il faut cesser de questionner la capacité des femmes actives à être « des bonnes mères ». C’est troublant de voir qu’aujourd’hui bien s’occuper d’un enfant veut dire, s’en occuper tout le temps », explique Nathalie Loiseau. « Un enfant se construit aussi dans le calme, dans le temps passé à rêvasser, à dessiner, sans les adultes. Il faut protéger le monde de l’enfance : les enfants ne sont pas des adultes en réduction. Et les parents, ne sont pas des éducateurs permanents, qui ont en permanence mauvaise conscience. » Car pour elle, ce sont les mères qui se retrouvent souvent obligées. «Il ne faut pas tomber dans le piège de la perfection», conseille-t-elle. Et dé-cul-pa-bi-li-ser!

Quelle est sa trajectoire ? « Je n’ai jamais cru aux plans de carrière. Je n’ai pas fait l’ENA. À Sciences Po, j’ai découvert un milieu très peu ouvert socialement. J’ai opté pour les Langues O’ par fascination pour l’Asie et par envie de plus de liberté et de curiosité. Je suis entrée dans la diplomatie – choix à l’époque très peu classique pour une femme. À 21 ans, j’étais la benjamine du Quai d’Orsay. De la Somalie au Rwanda, j’ai acquis la certitude… qu’il n’y en avait aucune. Cela s’est confirmé quand, nommée aux États-Unis en 2007, j’ai été confrontée en pleine ère Bush au conformisme politique, religieux, à une caricature de patriotisme et à des tensions raciales fortes après le 11 Septembre. De retour au Quai d’Orsay, j’ai critiqué les dysfonctionnements de cette administration devant Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères. Il m’a alors proposé, comme par défi, de devenir DRH. J’ai accepté et adoré cette expérience. J’ai créé un institut de formation interne, afin de donner à tous, issus ou non des grandes écoles, des compétences communes et ainsi contribuer à une démocratisation des parcours. »

Quelle est sa vision pour l’avenir? « Le management ne fonctionnera plus de haut en bas, mais se placera au milieu des équipes sur un mode participatif. Les valeurs du service public ont été ringardisées, à tort. J’ai aussi appris de mon parcours international qu’il ne fallait pas stigmatiser l’échec, mais au contraire y voir l’énergie de ceux qui ont tenté quelque chose et ont appris de cette expérience. »