Où sont les femmes économistes ?

bm-mazzucato-03f51On ne cesse de réaliser que le monde tourne autour des questions économiques et on ne cesse d’espérer l’égalité hommes-femmes. Mais nous les femmes nous intéressons-nous suffisamment à l’économie? Qui sont les femmes expertes dans les questions économiques? Quelle visiblité médiatique ont les femmes économistes?

Si nous ne nous intéressons pas à l’économie, l’économie, elle, s’intéresse à nous… Si nous ne prenons pas le temps de comprendre les enjeux économiques, ces enjeux seront gérés sans nous…

Etant moi-même économiste de formation, je réalise que si je m’intéresse spontanément à l’économie, ce n’est pas le cas de beaucoup d’hommes et de femmes, qui se détournent de ce qui leur semble aride, si peu sexy et si peu éthique, c’est un réflexe tout à fait humain !

Ce qui me frappe, c’est que les personnes qui portent une vision de l’économie sont majoritairement des hommes, dont certains que j’estime d’ailleurs énormément ! Cela signifie-t-il que nous délaissons volontairement ce qui est crucial pour notre qualité de vie future à des experts, des penseurs, des spécialistes qui reflètent si peu la diversité sous toutes ses formes? Pourquoi?

Combien de jeunes femmes choisissent d’étudier l’économie? A mon époque, au début des années 1990, nous étions moins d’un tiers des étudiants à l’unviversité dans la section des sciences économiques… Ce qui complique les choses c’est que les économistes ont tellement perdu de leur crédibilité, que l’économie ‘pure’ est de moins en moins attractive… Ce qui renforce le non désir de s’y coller…

Or, il y a des exemples enthousiasmants comme Noreena Hertz qui défend depuis longtemps l’anti-globalisation, qui inspire les plus grands hommes politiques et dirigeants d’entreprises, qui a prédit l’effondrement des marchés financiers bien avant la crise, comme Esther Duflo, l’économiste qui se bat contre la pauverté, ces « arbres » cachent-ils une forêt?

En octobre 2014, Mariana Mazzucato (qui figure sur l’image en en-tête de cet article) a reçu un prix international d’économie, elle était notamment en compéttion avec le Français Thomas Piketty dont tout le monde parle… Les travaux de Mariana Mazzucato ne s’inscrivent pas dans la pensée économique dominante. Et ils ont de fortes implications politiques et sociales. Elle apporte une critique raisonnée et factuelle aux politiques libérales et autres pactes de responsabilité à l’italienne ou la française, montrant notamment que la réponse aux problèmes posés réside dans un État entrepreneur et non dans un État allégé. Elle explique que derrière toutes les innovations importantes, il y a un rôle et un financement actifs des États : Internet a été financé par le département de la défense américaine. L’affichage à écran tactile a été financé par des subventions publiques. L’algorithme de Google a été financé par la National Science Foundation. Les biotechnologies, les nanotechnologies doivent leur émergence à des fonds publics.

Selon Mariana Mazzucato, «Ce qu’il nous faut, ce n’est donc pas beaucoup de petites startups-ou l’obsession de financement » des PME, « mais un écosystème de l’innovation avec une interaction dynamique entre investissements publics et privés. Cela exige un secteur public capable et disposé à financer l’éducation, la recherche et les secteurs émergents, de grandes entreprises qui réinvestissent leurs bénéfices non dans des rachats d’actions mais dans le capital humain et la R&D ; un système financier qui finance l’économie réelle et non pas principalement lui-même ; une politique fiscale qui récompense les investissements à long terme par rapport aux gains à court terme… »

Lors de la remise du prix Nobel en économie en 2009 à l’Américaine Elinor Ostrom, dont les recherches portent sur la gouvernance des biens communs, celle-ci a déclaré: «Je pense que nous sommes entrés dans une ère nouvelle et que nous reconnaissons que les femmes ont la capacité de produire d’excellents travaux scientifiques. Je pense que c’est un honneur d’être la première femme, mais je ne serai pas la dernière.»

Chères économistes, sortez du bois s’il vous plaît ! Ecrivez votre vision, partagez-la, diffusez-la, faites-nous aimer l’économie !