Meunière, tu dors ?!

visiter977_5Adrienne Delacroix a un métier que je croyais réservé aux livres pour enfants… Elle est à la fois meunière et boulangère ! Son moulin est hydraulique et affiche 600 ans d’histoire au compteur !

Quel est son parcours ? « Je suis juriste de formation, licenciée en droit. Le passage de l’examen de la magistrature m’a définitivement convaincue que je n’étais pas faite pour le monde feutré des palais de Justice ou des bureaux d’avocats. A 25 ans, j’ai donc décidé de réaliser un rêve que je n’avais envisagé que beaucoup plus tard : me lancer dans l’artisanat de produits de bouche. »

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Pourquoi s’être lancée dans un tel projet ? « Je voulais exercer un métier qui fait appel aux sens. En Europe, le pain est fabriqué à partir de farines massivement corrigées pour faciliter la fabrication et normaliser et standardiser le produit fini. Hors, la farine est un produit vivant qui évolue avec les saisons et les années. Ces ajouts massifs aseptisent les farines. A l’inverse, notre production bannit complètement ce type de modification pour donner la priorité à la saveur, aux textures et à l’authenticité. D’une démarche strictement « gastronomique » à la base, nous nous sommes vite rendu compte qu’elle avait des conséquences positives en terme de santé. Chez nous, pas d’allergies aux gluten, au lactose et autres soucis dermatologiques liés à la consommation de farines industrielles. »

Quelle est sa journée type ? « Elle est particulière puisque nous cumulons les deux activités de meunerie et de boulangerie. Je fais un joli pied de nez à l’expression qui prétend que l’on ne peut pas être au four et au moulin. J’y suis du mercredi au samedi! A 05.45, je suis dans ma boulangerie, je lance la pâte à pain blanc. Mon ouvrier meunier quitte le moulin vers 17.00 et je continue alors la production au moulin jusque 19.00 ou 20.00. »

Est-elle optimiste pour l’avenir ? « Je suis non pas utopiste mais utopienne, partisane du possible. J’ai de l’énergie à revendre et je suis prête à me battre pour mon projet qui, je pense, a du sens dans notre société actuelle. C’est beaucoup de bonheur pour mes clients, mon personnel et moi. Ce moulin doit vivre. Les gens ne s’y tompent pas : notre pain, qui est fait dans le respect des traditions est tout simplement délicieux et bien souvent il n’arrive pas entier à la maison. Le sac sur le siège passager ne résiste pas souvent aux mains baladeuses du chauffeur en route vers la maison … Notre moulin a encore de beaux jours devant lui. Pourquoi en serait-il autrement? J’ai des clients qui sortent émus de ma boulangerie, c’est la plus belle des récompenses. »