Carolyn Carlson : « Ma langue à moi, c’est la danse »

carolyn_carlsonUne femme, un art « de poésie visuelle ». Carolyn Carlson propose un spectacle qui est le résultat de ce qu’elle qualifie une « ruche, un espace de créativité et de liberté au sein duquel s’entrelacent geste et pensée poétique ». Pour sa nouvelle création, Carolyn Carlson s’est inspirée de la pensée de Gaston Bachelard, qui invite à « ramener l’esprit chez soi, là où la vision intérieure perçoit les espaces où nous vivons ». La chorégraphe explique: « Dans Now, nous travaillons sur l’étendue de sens contenue par le mot et l’idée de la maison. Car notre maison, c’est d’abord notre corps. Donc la base de notre travail, c’est que tout est maison. » Sa création « Now » s’articule en sept parties : « La maison, de la cave au grenier. Tiroirs, coffres, armoires renfermant des secrets. Nids et cocons. Coins de solitude et rêves. Du minuscule à l’universel. L’immensité intime. Le cercle éternel, dedans et dehors ».

Pourquoi Now ? « Now c’est pour now. Maintenant. Ça signifie : quel est notre de degré de présence sur le moment, sur l’instant. Or aujourd’hui – maintenant – il suffit de regarder autour de soi, dans la rue, dans le métro, même en voiture, les gens ne sont pas présents à eux-mêmes, ils sont dans un autre monde, reliés à leurs téléphones, à un monde virtuel omniprésent mais pas dans une présence au monde. Mais ce n’est qu’une constatation. » Par contre, Now, pour des danseurs, c’est vraiment cette question de la présence car la danse est éphémère, elle vit et meurt dans l’instant où elle s’effectue. Car notre travail est en dehors du temps comme le rêve ou le souvenir. Hier ou demain n’ont pas de sens, c’est maintenant ! Mais ça concerne aussi l’actualité. Parce qu’on n’est pas si heureux aujourd’hui. Et nous avons aussi un très beau texte, très fort qui est vraiment Now et qui suggère que chacun d’entre nous peut être heureux et sourire. »

Les danseurs aiment travailler avec elle. Pour sa simplicité, sa décontraction, ses talents de pédagogue, ses rêves de chorégraphe. « Pédagogie, enseignement, transmission…. C’est une nouvelle mode ce mot « transmission ». J’ai fait ça toute ma vie. Dès que je suis entrée chez Nikolaïs à New York, j’ai donné des cours. Pour moi, il n’y a aucune différence entre chorégraphie et transmission. L’enseignement est très important, c’est la base. Surtout les principes de Nikolaïs mais avec la poésie qui m’est propre. Pour moi c’est fondamental, ça donne une profondeur, de l’esprit aux créations. Car on peut bien lire un livre théorique ou une partition, ça ne suffira jamais car le plus important c’est la relation maître disciple. Aujourd’hui, je ne sais pas combien de compagnies donnent le cours. Et c’est important pour moi. Mais la transmission est partout, même au niveau du public. Quand des gens m’arrêtent dans la rue pour me dire merci parce qu’ils se souviennent de Blue Lady, c’est aussi une forme de transmission car c’est leur mémoire qui préserve ces instants fragiles. C’est dans la conscience de chaque génération qui passe. Pour moi, c’est un cadeau. Parce que ça m’intéresse de donner au public de l’émotion, une nouvelle perception des choses, de l’imagination. »

It’s Now or Never ! Pour (re)découvrir l’univers de celle qui a été nommée étoile-chorégraphe à l’Opéra, directrice du Teatrodanza La Fenice à Venise, aujourd’hui directrice de compagnie indépendante, la Carolyn Carlson Company.

http://theatre-chaillot.fr/danse/carolyn-carlson/now

Un extrait d’un spectacle précédent: Dialogue with Rothko