Dessinatrices de presse, leur arme: l’humour !

ob_ebb682_captureDans le monde très masculin du dessin de presse, les dessinatrices, elles aussi prennent des risques, elles aussi réagissent. Marlène Phole, vice-présidente de la Fédération des dessinateurs de presse: « On est moins nombreuses mais aussi courageuses. » Leur arme? Un crayon et un humour ravageur pour dénoncer, déconstruire les injustices. Leur métier?  Un métier à responsabilité jonglant entre art/journalisme/humour.

La dessinatrice Coco, présente dans les locaux de Charlie Hebdo au moment de la fusillade, a présenté un dessin « Charlie Hebdo a 7 vies, comme les chats. On est touché mais on n’est pas coulé« .

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Au Venezuela, la dessinatrice Rayma Suprani, la résistance et la censure, elle connaît ! Il y a quelques mois, celle qui n’a cessé de se faire harceler par le pouvoir central (au point de prendre un garde du corps), a été licenciée de son journal, El Universal, pour un dessin publié sur Twitter où elle dénonçait l’agonie du système de santé sous la forme d’un électrocardiogramme plat, « signé » Hugo Chávez, l’ancien président du Venezuela. « Nous allons continuer à travailler pour la liberté, dans la paix et pour un monde où les différences ne se règlent pas par le sang mais s’expriment avec de l’encre. Pour avoir un monde plus clair au lieu d’un monde tout en noir comme celui que nous avons vécu aujourd’hui à Paris », a confié la dessinatrice au quotidien espagnol El Païs. Se présentant comme « la seule caricaturiste du Venezuela à avoir rencontré l’équipe de Charlie-Hebdo », elle se souvient encore de son passage à la rédaction : « C’était amusant de voir que c’était tout simplement une bande de jeunes discutant de tout et de rien, se moquant du monde, dénonçant les absurdités contemporaines, levant les tabous et posant les questions essentielles que les gens ne veulent pas voir. » 

Aux Etats-Unis, Ann Telnaes, dessi­na­trice au Washing­ton Post et Prix Pulitzer, a aussi marqué sa solidarité par un auto-portrait plein de dérision : elle en statue de la liberté avec un crayon en guise de flambeau et devant sa poitrine l’une des couver­tures les plus marquantes de Char­lie Hebdo. Celle sur laquelle est écrite, « L’amour plus fort que la haine ».

En Tunisie, la caricaturiste Nadia Khiari, qui se moque régulièrement des islamistes intégristes avec ses petits chats aux griffes affûtées, a dénoncé l’absurdité de l’attentat. « Aujourd’hui vous avez tué des dessinateurs mais des légions de dessinateurs vont naître. » Sur son Twitter, elle parle d’un « cauchemar » et de la perte d’un ami, Tignous. Nadia Khiari, de son nom de plume Willis from Tunis, collabore régulièrement à Siné Hebdo, autre hebdo français satirique né d’une crise interne à Charly Hebdo il y a quelques années.

Quant à Maly Siri, illustratrice française qui vit à Montréal, elle rend un hommage très féminin et délicat aux dessinateurs de Charlie : trois femmes en deuil, chacune voilée selon ses codes religieux mais se réclamant toutes de Charlie !

Le dessin de presse peut-il améliorer la condition des femmes dans le monde ? Oui !

Nadia Khiari alias « WILLIS FROM TUNIS »: « C’est un excellent outil de diffusion et la lecture d’un dessin est très rapide. Un dessin, ce n’est pas comme lire tout un article. Un dessin se lit et se comprend vite. Il y a un impact direct. Donc ça sert à quelque chose. Dans tout ça, l’humour a une place importante. On peut parler de sujet très sérieux et faire passer un message à quelqu’un qui n’est pas du tout d’accord avec nous. Si on le dit d’une manière sérieuse, ça peut bloquer, mais si on le dit avec humour, c’est une main tendue vers un dialogue, parce que si on arrive à faire rire quelqu’un sur un sujet, c’est un bon moyen de dialoguer de débattre, peut-être pas de faire changer d’avis, mais d’amener la chose autrement. »

Camille Besse, alias « BESSE »: « Causette, une rédaction composée en majorité de femmes, c’était un environnement qui m’angoissait avant d’y rentrer. Quand j’y suis arrivée, j’ai appris que les femmes pouvaient être bienveillantes. Ca m’a permis de m’accepter de plus en plus en tant que femme. C’est vrai que c’est un métier très masculin. Etre une femme, c’est être un statut social que j’ai eu du mal à assumer pendant longtemps. Ce métier m’a permis d’assumer plus ma féminité. Ce qui me plaît dans ce métier, c’est que ce n’est pas un métier féminin. Pour moi, c’est une fierté d’exercer un métier masculin. »

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