Les femmes, actrices de la paix

imagesCASHWEXWEn l’an 2000, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté la Résolution 1325. Cette résolution porte une attention particulière à l’impact des guerres sur les femmes et accentue également le rôle joué par les femmes en tant qu’actrices de paix.

De par le monde, les femmes ont presque toujours été exclues des accords de paix et de la phase de reconstruction de leur propre pays qui suit immédiatement un conflit. Elles sont généralement représentées dans les négociations par les hommes, seuls habilités à s’exprimer dans la sphère publique de la politique internationale. Le rôle des femmes est souvent limité à des actions d’ordre social ou humanitaire au niveau de leur communauté. Elles n’ont pas accès à la prise de décision quant à l’établissement des priorités qui détermineront le futur de leur société au sortir de la guerre. Et, pourtant, on a vu qu’en Somalie, au Soudan, au Guatemala ou encore en Irlande du Nord, les femmes ont été actives dans le règlement pacifique des conflits et la recherche de solutions. Mais elles ne font pas partie des réseaux officiels qui mènent à la table des négociations car leur action, à quelques exceptions près, ne franchit pas les frontières du domaine informel.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Les femmes ne sont toujours pas ou peu impliquées dans la prévention de la violence et de la guerre. Les projets pour femmes restent sous-financés. Les femmes n’ont pas de voix dans les négociations de paix ou de reconstruction de leur pays, elles sont la grande minorité dans les missions de paix. Les femmes et les enfants sont souvent les cibles dans des conflits armés. La violence sexuelle continue à être utilisée comme arme de guerre, même dans des régions sous contrôle des troupes de l’ONU. Les observateurs estiment que beaucoup de victimes de viol ont honte et ne font pas de déclaration. Les femmes continuent à être considérées davantage comme des victimes impuissantes qui ont besoin d’aide que comme des agents autonomes apportant une pierre à l’édifice de la paix…

Fin 2014, Oxfam a publié une étude sur la situation des femmes afghanes. Elles sont systématiquement exclues des négociations de paix et autres discussions officielles sur l’avenir du pays. Oxfam estime que, si l’on ne donne pas un rôle actif aux Afghanes, la guerre aboutira finalement au confinement des femmes dans la pauvreté. Les femmes servent encore aujourd’hui encore de monnaie d’échange dans le règlement de litiges entre familles. Elles ont rarement subi autant de violences dans le pays. Les lois destinées à protéger leurs droits sont menacées, et le quota de femmes au parlement a été revu à la baisse.

Une femme de paix: Mama Koité Doumbia est une figure du mouvement des femmes au Mali. Elle nous interpelle: « Les femmes sont victimes de violences de toutes sortes et dans les conflits, leurs corps sont les théâtres de vengeances et de haine ». Si l’intégrisme religieux grandissant dans certaines régions du Mali est une menace pour les femmes, Mama Koite Doumbia rappelle que la sécurité des femmes passe aussi par leur autonomie économique (l’accès à la terre, à l’eau, à des ressources financières plus conséquentes que le micro-crédit), le renforcement des politiques de santé maternelle – le Mali connaît encore un taux élevé de mortalité maternelle et néonatale, et la lutte contre « les pesanteurs culturelles et sociales qui freinent encore leur émancipation. » Actuellement, Mama Koite travaille avec des jeunes – filles et garçons – pour lutter contre les violences faites aux femmes. « Puisque la plupart des violences sont faites par les hommes, je veux croire qu’on réussira ce combat avec eux. »