Nous, les femmes, sommes-nous trop silencieuses ?

art_3670Les femmes, même de pouvoir, peinent souvent à se faire entendre. Les discours des femmes apparaissent peu dans les médias – si on exclut les femmes qui servent juste à faire ‘joli’… Ce sont des hommes qui sont invités comme experts dans la grande majorité des cas, quel que soit le sujet. Pourquoi? Parce que les femmes sont moins aux commandes? Oui, mais pas seulement: sommes-nous trop respectueuses des « règles du jeu », cédons-nous trop facilement la parole? Sommes-nous trop gênées à tenir le « devant de la scène »?

« The Silent Sex« , un livre écrit par Christopher Karpowitz et Tali Mendelberg, deux chercheurs américains, montre comment la composition et les règles de décision au sein d’un groupe impactent considérablement qui parle, comment le groupe interagit, quelles sont les questions que le groupe choisit de traiter, quelles sont les voix qui dominent, et finalement ce que le groupe finit par décider.

Considérez-vous que vous participez pleinement aux échanges et à la prise de décision dans votre vie? Avez-vous l’impression que nous avons tendance – par politesse ou par manque de confiance en nous, par manque d’opportunités et d’expérience aussi – à ne pas nous exprimer autant que les hommes dans le cadre de notre vie professionnelle et citoyenne? Prenez-vous facilement spontanément la parole? Etes-vous régulièrement interrompue? Qui lance les sujets de conversation dans chaque milieu que vous fréquentez : travail, amis, famille?

Il y a un préjugé qui a la dent dure: les femmes plutôt bavardes par nature, douées pour la communication, le dialogue, les confidences et les hommes qui parlent peu, discrets sur leur vie personnelle, plus dans l’action que dans le ‘blabla’! Or, dès qu’il s’agit de s’affirmer ou de prendre une décision, serions-nous subitement beaucoup moins ‘bavardes’?

Corinne Monnet a analysé les jeux de pouvoir dans une conversation. Elle soutient que contrairement à l’impression première que l’on a, la conversation n’est pas une activité à laquelle on se livre spontanément ou inconsciemment. Il s’agit d’une activité structurée. L’étude de Corinne Monnet conclut à une insécurité marquée des femmes dans le dialogue mixte, qui les relèguent au rôle d’«assistantes», chargées de soutenir la parole masculine en occultant la leur. Pour les hommes, l’étude démontre que les stratégies employées sont des stratégies de domination, et qu’elles sont conscientes.

Je constate que beaucoup de femmes trouvent que les hommes sont trop directs, agressifs, voire grossiers dans leur façon de communiquer. Mais ne tombons pas dans les clichés: tous les hommes ne sont pas des ‘brutes’ 🙂 et nous ne sommes pas toutes adeptes des nuances, nous ne craignons pas forcément les confrontations.

Nous, les femmes, nous participons aussi, consciemment ou non, à cette situation déséquilibrée. Une étude récente indique que sur le web, ce sont les hommes qui s’expriment majoritairement sur les débats sociétaux – nous, les femmes, nous sommes surtout présentes dans les blogs et les sites dédiés à la mode, la déco, la cuisine – et il y a deux fois plus de réactivité à des posts masculins qu’à des posts féminins…

Oserons-nous être plus bavardes ? Pas seulement entre nous, dans l’intimité, mais dans tous nos différents rôles. Si nous ne parlons pas, nous ne devrons pas nous plaindre ensuite de ne pas avoir été entendues ! 🙂