Emilie ou l’ambition féminine

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J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’ouvrage d’Elisabeth Badinter consacré à Madame du Châtelet, la compagne de Voltaire, la première femme ‘savante’ et à Madame d’Epinay, la critique de Rousseau. Deux femmes, deux ambitions, personnelle et maternelle. Deux femmes dont les destins nous éclairent sur la condition féminine actuelle… Nous sommes au 18ème siècle, on se moque des femmes ‘savantes’, considérées comme tout simplement ridicules. L’éducation des filles, même dans les familles les plus fortunées, reste très sommaire: on leur apprend surtout à être croyantes, dévotes, de bonnes épouses et mères, leur destin étant le mariage… ou le couvent ! Dans ce contexte ‘hostile’ à toute ambition personnelle, ces deux femmes du siècle des Lumières sont exceptionnelles et nous sommes en quelque sorte leurs filles spirituelles.

Madame du Châtelet, Emilie de son prénom, fut avide de connaissances et peut être considérée comme étant l’égale des savants de son époque, c’est notamment elle qui a traduit l’oeuvre de Newton en français. Voltaire la considérait comme supérieure à lui intellectuellement, et pourtant qui la connaît aujourd’hui? Madame d’Epinay a écrit Emilie en réponse à l’Emile de Jean-Jacques Rousseau.

Ces deux femmes ont fait l’éloge des études. C’est en effet en se plongeant l’une et l’autre dans le monde des connaissances et en écrivant qu’elles ont réussi à se rendre libres et indépendantes. Madame d’Epinay s’adresse à nous: « Lorsque vous portez vos soins à cultiver votre raison à l’orner de connaissances utiles et solides, vous vous ouvrez autant de sources nouvelles de plaisir et de satisfaction, vous vous préparez autant de moyens d’embellir votre vie, autant de ressources contre l’ennui, autant de consolations dans l’adversité. Ce sont des biens que personne ne peut vous enlever, qui vous affranchissent de la dépendance des autres, qui mettent au contraire les autres dans votre dépendance; car plus on a des talents et des lumières, plus on devient utile et nécessaire dans la société, voilà du profit tout clair: liberté et force. »

Madame du Châtelet et Madame d’Epinay ont-elles tout sacrifié à leur ambition? Non, leurs vies représentent une recherche d’équilibre, elles ont aimé avec passion et ont autant recherché le bonheur, l’amour conjugal et maternel, que l’influence et la reconnaissance. Les plaisirs du cœur surpassaient-ils pour elles les plaisirs de l’étude? Oui, mais chacune ayant été délaissée par l’homme qu’elles aimaient, elles ont progressivement investi leur sphère de prédilection et y ont excellé.

En lisant ce livre, je me suis posé les questions suivantes: L’ambition est-elle toujours plutôt masculine? Sommes-nous, nous les femmes, toujours plus enclines à rechercher avant toute chose à réussir notre vie affective? Sommes-nous capables de tout sacrifier à notre ambition, comme l’ont fait tant de ‘grands’ hommes? Si aujourd’hui, tout le monde connaît Rousseau et Voltaire, et si peu nos deux ambitieuses, cela ne prouve-t-il pas que les hommes ont plus facile à poursuivre leurs buts égoïstement, à tout prix?

Aujourd’hui, il me semble que nous sommes de plus en plus nombreuses à avoir une double ambition: celle de réussir nos ‘deux vies’, de trouver à la fois le bonheur et nous réaliser pleinement. Nous avons de nombreuses aspirations, nous aimons l’idée d’être plusieurs femmes en une ! Des Divine Emilie, le terme est de Voltaire !