Marlène Schiappa, « maman travaille » et ça lui réussit !

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Marlène Schiappa a fondé et préside Maman Travaille, un réseau de femmes et d’hommes engagés en faveur d’un meilleur partage des responsabilités à la maison comme au travail. Marlène Schiappa, mère de deux enfants et adjointe au maire du Mans, milite pour une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Auteure de Pas plus de 4 heures de sommeil et J’arrête de m’épuiser (coécrit avec Cédric Bruguière), elle donne de nombreuses conférences sur la prévention du burn-out.

Marlène Schiappa est déterminée à faire entendre aux pouvoirs publics, aux entreprises, à la société toute entière, que les femmes travaillent et n’ont aucune raison ni de s’en excuser, ni d’accepter des conditions au rabais, ni de vivre la « double journée » ! Je reprends ci-dessous un entretien qui a été réalisé pour le journal Le Monde.

Pourquoi avez-vous créé Maman travaille? J’ai eu ma première fille à l’âge de 23 ans. J’habitais à Paris, j’avais des horaires de travail inconciliables avec les horaires de la crèche. Mes copines, elles, n’avaient pas d’enfants, alors j’ai ouvert le blog Maman travaille pour échanger des conseils avec d’autres mères qui étaient dans mon cas, comprendre comment elles faisaient et mieux m’organiser. Quand l’association du même nom a été créée, en 2008, il n’existait aucune charte de la parentalité en entreprise et l’intérêt pour le sujet était très faible. Nous militons depuis le début pour l’égalité parentale et avons déjà organisé plusieurs journées annuelles de rencontre sur ces sujets.

Comment vous y êtes-vous pris pour concilier vie professionnelle et vie personnelle ? Ne trouvant pas de solutions à mon dilemme après la naissance de ma première fille, j’ai quitté mon emploi pour m’installer à mon compte.

A quoi ressemble votre journée type ? Je n’ai pas de journée type. J’alterne des animations de conférences, des formations en entreprise, des journées dédiées aux commissions à la mairie du Mans, des réunions de travail à Paris avec mes éditeurs, etc. Le seul jour qui reste fixe dans ma semaine est le mercredi : je garde mes deux enfants et je télétravaille. Je travaille souvent de nuit et ne dors donc pas beaucoup. Je me lève généralement vers 6 heures, en tout cas jamais après 7 heures.

Comment gérez-vous votre agenda ? Je dois jongler avec des choses aussi importantes les unes que les autres si bien que je ne prends pas de rendez-vous plus de deux semaines à l’avance. J’invite mes interlocuteurs à m’appeler à une date donnée pour prendre rendez-vous dans les quinze jours qui suivent, ce qui me permet d’être quasi certaine de ne pas les annuler. En général, je profite du dimanche après-midi pour tout organiser, répondre aux e-mails, etc. Je note tout cela, à l’ancienne, dans un gros agenda papier qui fait aussi portefeuille et porte-documents…

Comment vous organisez-vous pour conserver du temps pour vous ? Je déteste l’expression « temps pour soi » ! Si on considère qu’on prend du temps pour soi pour faire quelque chose, cela signifie-t-il que le reste du temps n’est pas un temps pour soi ? A mon sens, tout est temps pour soi, que l’on soit au travail ou avec ses enfants. Le fait d’être salariée ou indépendante n’y change rien d’ailleurs, c’est surtout une question de posture : je m’efforce d’être à ce que je fais, en pleine conscience. « Il faut accepter de dédier du temps à l’organisation de son temps. »

Qu’est-ce qui, pour vous, incarne une perte de temps ? L’ennui. Un jour j’ai raté mon TGV, je n’avais pas de batterie, rien. Je me suis sentie enfermée avec rien à faire. J’étais bloquée, contrainte, et cela m’a énormément déplu. Je n’aime pas procrastiner mais j’aime la sérendipité et cultive l’art de laisser les choses venir à moi sans être dans l’action.

Quelles sont donc vos bonnes pratiques de maman qui travaille ? Il faut accepter de dédier du temps à l’organisation de son temps. Outre le temps que je prends pour cela le dimanche après-midi, j’utilise aussi un tableur Excel, en mode « projet ». Les mois figurent en colonne et chaque ligne correspond à un projet. Cela me permet de voir en un clin d’œil le nombre de mois que je consacre à chaque projet, et l’avancée, par couleur, de chaque chantier. Cet échiquier du temps m’est aussi très utile pour voir quels mois seront les plus occupés et ceux où je suis plus libre. Je suis alors en capacité d’accepter ou de refuser certaines sollicitations.

Avez-vous des rituels ? Oui, le matin pour me préparer, je compte en chansons. Les chansons durent en moyenne trois minutes, sauf quelques-unes très longues. Donc dès que je me réveille, j’allume de la musique. J’ai, par exemple, quatre chansons pour prendre ma douche, une pour m’habiller, deux pour préparer les petits déjeuners, etc. D’ailleurs, je ne sais plus me préparer ou préparer les enfants sans musique comme repère. « Il est temps que les femmes cessent d’être dépréciées ou de s’autodéprécier. »

Que conseillez-vous aux mamans qui s’épuisent et frisent souvent le burn-out ? Le burn-out, c’est la « maladie du soi », quand on oublie ses propres besoins et qu’on réalise que nos capacités ne sont pas celles qu’on imagine. C’est quand on ne sait pas dire non et qu’on ne peut gérer un trop-plein. Pour cesser de s’épuiser, l’essentiel est de remettre ses besoins au centre de sa vie. Je conseille pour cela d’utiliser l’image de la batterie de téléphone. Se demander régulièrement si on a encore assez de charge permet de s’interroger sur ses besoins et de se mettre en recharge si nécessaire. Il est aussi temps que les femmes cessent d’être dépréciées ou de s’autodéprécier. Selon l’Ined (Institut national d’études démographiques), elles gèrent 80 % des tâches ménagères et, dans 76 % des familles, ce sont elles qui gèrent seules la vie scolaire. Ce système de représentation nous est néfaste et nous devons aussi apprendre à lâcher prise. Pourquoi ne pas appliquer le mode de fonctionnement que m’a confié une entrepreneuse, le CQFAR, pour « celui qui fait a raison » ? A force de tout vouloir faire, on finit par ne rien faire et s’épuiser.