Christine de Pisan, la première «intellectuelle» du monde occidental

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Nous sommes au 14ème siècle, une femme se rebelle contre les discours misogynes, contre le mépris des hommes à l’égard des femmes, cette femme, c’est Christine de Pisan dont l’oeuvre reste étonnamment moderne: affirmation de l’intelligence des filles et de leur droit à l’instruction, dénonciation du viol, scandale des mariages mal assortis… Christine de Pisan est la fille d’un père savant qui lui a donné accès au savoir, la fille d’un Pygmalion ‘hardi ‘pour son époque ! Au Moyen Age, on s’attendait à ce que la femme qui a reçu une belle éducation la cultive dans sa chambre, en  solitaire… Mais Christine de Pisan va dépasser le cadre privé, elle aura la force et l’audace d’un homme !

Christine de Pisan devient écrivaine et s’engage dans un grand défi: elle veut définir la marche vers un monde meilleur ! Christine a inauguré le statut de la femme de lettres, à un moment où celui de l’homme de lettres vient à peine de se proclamer. Elle dédicace ses livres aux ‘grands’ de ce monde. Le parti pris contre les femmes, point crucial du débat public à son époque, engage fortement Christine de Pisan vers l’apologie du sexe féminin, son souci majeur est le «progrès de l’humanité» auquel contribuent les femmes. Dans ses écrits, elle « se fait homme » pour disposer d’une légitimité égale à celle des hommes qui eux seuls « détiennent sagesse, science et pouvoir ».

Alors que Christine de Pisan est découragée par le mépris des lettrés envers les femmes, alors qu’elle « maudit sa nature féminine », elle explique que « dans une grande clarté, lui apparaissent trois dames de noble maintien: ce sont Raison, Droiture et Justice qui lui reprochent son abattement et l’engagent avec leur aide à bâtir une cité pour les femmes illustres de bonne renommée ». C’est avec sa plume que Christine va se battre: elle accumule les portraits de femmes remarquables. Elle passe en revue reines, guerrières et chefs d’Etat, elle évoque des femmes savantes et celles qui furent à l’origine d’inventions: l’écriture syllabique, le tissage, l’éloquence. Elle répertorie des prophétesses, des épouses fidèles et vertueuses, des femmes qui sauvèrent leurs pays. Elle réfute, preuves à l’appui, les accusations portées contre les épouses, contre la lâcheté et la pusillanimité des femmes, leur prétendue infidélité ou leur excessive coquetterie.

Christine de Pisan va construire une Cité des dames, une cité édifiée pour abolir le chaos, une cité basée la force et la vertu de femmes. L’enjeu est l’honneur des femmes et la validation de leur savoir. La Cité des dames célèbre le pouvoir des mots. Par leur «intelligence vive et pénétrante», les femmes – les pierres de la Cité – témoignent de leur maîtrise sur la matière aussi bien que sur la langue. Christine de Pisan célèbre « les amoureuses de la sagesse ». Christine de Pisan a signé un discours fondateur, célébrant le féminin « dans l’édifice d’un bon gouvernement de soi et du monde. »

Pédagogue des femmes, soucieuse de leur juste place dans la société, Christine de Pisan est très attentive aussi aux valeurs masculines, à la construction de la société vue comme un organisme. Ses livres l’ont placée au niveau d’un auteur politique, au niveau des plus grands penseurs politiques du Moyen Âge.

Christine de Pisan trouvera les matériaux de sa cité au «champ des lettres», où il lui faudra creuser avec «la pioche de son intelligence», maçonner avec «la truelle de sa plume». Christine de Pisan proclame sa foi en la force du discours et de la culture. C’est dans l’univers des livres qu’elle puise son rayonnement: «Selon mon habitude […] j’étais assise dans mon étude, tout entourée de livres traitant des sujets les plus divers.»

Je crois aussi à la force de l’esprit et de la culture. Soyons dans la lignée de Christine, soyons nombreuses à construire à la « truelle de la plume » ! Que nos ‘armes’ soient nos écrits, nos oeuvres, nos comportements soient emplis de bon sens et de sagesse… A nos plumes d’aujourd’hui, que nos claviers soient porteurs d’un monde meilleur !

Si vous désirez en savoir plus sur la vie de Christine de Pisan, voici une biographie de l’historienne Régine Pernoud: