Elisabeth Vigée Le Brun

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Bien qu’elle fut la peintre officielle de Marie-Antoinette et la portraitiste la plus recherchée de son temps, Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) n’a toujours pas fait l’objet d’une rétrospective en France. Une exposition au Grand Palais à Paris regroupe aujourd’hui près de 130 oeuvres: de Versailles à Londres en passant par Rome, Vienne et Saint-Pétersbourg, l’exposition évoque le parcours fascinant de cette infatigable voyageuse. « Je n’ai eu de Bonheur qu’en peinture ». De toutes les femmes artistes qui s’illustrèrent dans la France du 18ème siècle, seule Élisabeth Louise Vigée Le Brun est aujourd’hui encore peu connue du grand public. Elle incarne pourtant parfaitement le portrait français.

L’art de Vigée Le Brun suivit l’évolution de la société française, laquelle, sensible aux idées de Jean-Jacques Rousseau développées dans l’Émile, accorda une place plus marquée aux liens unissant une mère et ses enfants. Chantre de cet amour maternel dont elle laissa deux véritables « icônes » la mettant en scène avec sa fille Julie, la portraitiste multiplia les effigies d’enfants seuls ou en compagnie de leur mère.

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Elisabeth Vigée Le Brun chercha à s’imposer dans un milieu masculin où les femmes avaient beaucoup de difficultés à être reconnues. En 1783, lorsqu’elle fut reçue à l’Académie avec le soutien affiché de la reine, elle entendait démontrer que la peinture d’histoire, le genre le plus noble, ne lui était pas interdite et qu’elle pouvait se mesurer aux hommes.

Louise-Elisabeth est née à Paris en 1755. A l’âge de six ans ses parents l’envoient au couvent, elle y reste jusqu’à onze ans. Dès son jeune âge, elle aime dessiner et à la grande exaspération des religieuses, elle griffonne des têtes et des paysages dans tous ses cahiers et sur les murs du dortoir.

En 1767, à la mort de son père qu’elle adorait, Elisabeth n’a que douze ans. Les premiers temps elle est trop démoralisée pour reprendre les pinceaux, mais Doyeu, un ami de son père, l’encourage à recommencer à dessiner et peindre. A cette époque elle va régulièrement dessiner chez Gabriel Briard mais le talent d’Elisabeth dépasse de loin celui de Briard qui se vante d’être son maître. Elle reçoit également de précieux conseils de Joseph Vernet. Ses portraits ont tellement de succès qu’à quinze ans elle est déjà en mesure d’entretenir sa mère et son petit frère.

A vingt ans elle déménage avec sa famille dans un hôtel particulier qui appartient à Jean-Baptiste Pierre Lebrun, peintre, collectionneur et marchand d’art. Lorsque, six mois plus tard, l’homme demande sa main, Elisabeth, qui gagne déjà suffisamment d’argent pour ne pas s’inquiéter de son avenir, n’y voit aucun intérêt. Elle hésite jusqu’au dernier moment, à l’église. Mais suite à l’insistance de sa mère, qui le croit fortuné, et pour fuir son beau-père, elle finit par accepter. Ils se marient le 11 Janvier 1776. Le mariage se fait en secret car en fait Lebrun est déjà marié avec une hollandaise, fille d’une relation d’affaires. Ne sachant pas qu’ils sont déjà mariés, toutes ses connaissances et amies, lui déconseillent vivement de l’épouser. En effet, comme elle l’écrit elle-même : « … il était assez aimable; mais sa passion effrénée pour les femmes de mauvaises mœurs, jointe à la passion du jeu, ont causé la ruine de sa fortune et la mienne ». Son mariage lui permet cependant d’étudier et de copier les oeuvres de maîtres collectionnées par son mari.

En 1779, elle est accueillie avec faveur avec son portrait d’après nature de la reine Marie-Antoinette en robe de satin avec une rose à la main. Ce tableau lui vaut de devenir le portraitiste officiel et l’amie de la reine. Toute la haute société se complaît aussi bien à la fréquenter qu’à se faire peindre par elle. Julie, son seul enfant, naît le 12 février 1780.

Vigée-Lebrun est reçue à l’Académie Royale de Peinture le 30 mai 1783 avec une allégorie, « La Paix ramenant l’Abondance ». Les mauvaises langues prétendent que c’est uniquement grâce à l’appui de Marie Antoinette, mais dans ses mémoires Elisabeth nie que Marie Antoinette ait fait autre chose que louer son travail. La même année, elle envoie plusieurs portraits et tableaux au Salon où elle exposera régulièrement.

En octobre 1789, après l’invasion de Versailles par les foules révolutionnaires, elle fuit en l’Italie, accompagnée de sa fille et d’une gouvernante. De peur d’être reconnue et arrêtée elle n’utilise pas sa propre voiture mais part en diligence publique. Son intention était de revenir à Paris dès l’ordre rétabli, mais son exil durera en fait douze ans. A Paris son nom est ajouté à la liste des émigrés et elle perd ses droits de citoyenneté. En 1794 Lebrun, pour se protéger, demande le divorce, qui est prononcé. Elle meurt en 1842 dans son appartement parisien, rue St Lazare, affaiblie par une attaque cérébrale.