Carole Martinez, des romans envoûtants…

La-Terre-qui-penche

Lire Carole Martinez, c’est plonger dans un univers empli de magie et de songes, c’est croiser des fées et des sorcières… Trois romans, trois contes, Le Cœur cousu et Du domaine des murmure et La terre qui penche, trois voyages à travers les époques, à travers des destins de femmes. Il est si agréable de succomber au charme des livres de Carole Martinez, sans doute car elle nous propose de marquer une pause dans notre vie quotidienne: « Je crois que mon travail d’écriture répond à un besoin de ralentir le temps, de me dégager de cette accélération de notre monde contemporain. »

Carole Martinez: « J’aime créer des personnages féminins. Cela peut-il s’expliquer ? Je ne sais pas. Il me semble que certains peintres, certains sculpteurs, ont préféré travailler les courbes féminines et d’autres la musculature des hommes. Moi, j’aime créer des femmes et, une fois qu’elles sont là, les hommes arrivent, elles en sont la matrice. Mes hommes sont  modelés dans les côtes de mes héroïnes. Je joue à réécrire la genèse. C’est d’ailleurs merveilleux de voir à quel point le masculin est entré en concurrence avec le féminin pour s’octroyer la puissance du don de vie. »

« Il me semble que le statut des femmes a infiniment évolué en occident durant le 20ème siècle, que les générations qui nous ont précédés ont fait sacrément bouger les lignes. En revanche, je ne pense pas que les amours humains soient très différents. Je me souviens avoir été très étonnée par la thèse de Philippe Aries qui affirme dans L’Enfant et la vie familiale sous l’ancien régime que les parents n’aimaient pas leurs enfants au  Moyen-âge et que l’amour n’était alors que filial. Il m’a paru impossible d’imaginer l’homme traversant les siècles sans cet amour pour sa progéniture. J’ai donc travaillé sensations et sentiments humains comme des invariants. Les sociétés ont changé, mais le coeur des hommes pas tant que ça. En revanche, rien n’est jamais fixé, les systèmes changent et l’on peut voir ailleurs à quelle vitesse les droits des femmes peuvent être remis en cause. Les voies d’émancipation que les femmes se sont ouvertes au fil des siècles ont bien souvent été coupées au bout de quelques décennies. Mon héroïne nous encourage à rester attentifs. »

Extrait Du Domaine des murmures: « Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. » Tendons bien l’oreille…