Et si l’islam aimait les femmes ?

Fatima-Mernissi-30-11-15

Leili Anvar, docteure en littérature et normalienne, est l’auteure d’une anthologie de l’islam spirituel: « le Coran proclame clairement l’égalité spirituelle entre les hommes et les femmes, qui sont dotés à parts égales d’une âme, d’intelligence et de libre-arbitre. » Leili Anvar explique qu’en considérant le contexte, « on peut qualifier de révolutionnaires les mesures prises en faveur des femmes par le prophète Muhammad. La première étant qu’il a donné aux femmes tout simplement un statut légal, c’est-à-dire des droits. Ce n’est pas un hasard si parmi les versets statuant sur des questions juridiques, ceux qui concernent les femmes sont les plus nombreux. Pris dans leur ensemble et évalués à l’aune de la situation des femmes à cette époque, il est clair qu’ils tendent à protéger les femmes et à leur donner une place à part entière au sein de la famille et de la société. Les femmes sont soumises aux mêmes devoirs religieux que les hommes, et bénéficient donc des mêmes rétributions spirituelles. Les femmes de l’entourage du Prophète furent très actives sur tous les plans. Sa deuxième épouse, Aïcha, est représentée par la tradition comme une véritable interlocutrice de Muhammad au point qu’après la mort de ce dernier, elle n’hésitera pas à débattre avec ses successeurs de questions touchant la tradition, devenant ainsi l’une des sources de l’établissement du corpus des «dits prophétiques». Mais le message d’amour de ce prophète si résolument féministe fut très vite dévié de ses intentions premières dès la première génération de ses successeurs. Après la mort du Prophète, l’ordre patriarcal devait régner à nouveau. L’oppression des femmes reprit son cours. »

Professeur de sociologie à Rabat, militante des droits de l’homme, Fatima Mernissi, qui vient de décéder, s’interrogeait sur la place des femmes en terre d’islam en faisant remarquer qu’au 8ème siècle « les épouses du Prophète discutaient politique et allaient à la guerre ». « Lorsque naît l’islam en 622, l’intention du Prophète est d’instaurer une communauté religieuse et démocratique où hommes et femmes discuteront les lois de la cité. A partir d’un tel projet, quels méandres ont mené jusqu’à cette figure prégnante de la femme voilée, mise à l’écart de la vie politique, confinée dans l’espace privé au nom de la foi religieuse ? »

Fatima Mernissi, écrivaine, sociologue mondialement reconnue pour ses oeuvres, a dénoncé le patriarcat dans la culture musulmane. Elle a également mené de longs combats pour la cause féminine avec la création d’abord des «Caravanes civiques» puis ensuite le collectif «Femmes, familles, enfants». Parmi ses livres, on peut citer «Sexe, Idéologie, Islam», « Le monde n’est pas un harem », « Sultanes oubliées : femmes chefs d’État en Islam », ou encore « Le harem politique : le Prophète et les femmes ».