« Les femmes de pouvoir, des hommes comme les autres ? »

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« Les femmes de pouvoir, des hommes comme les autres ? » C’est le titre d’un livre de Sophie Cadalen, psychanalyste : « On a beau considérer l’égalité des sexes comme un acquis indiscutable, femme et pouvoir continuent d’être des termes antinomiques. Celles qui l’exercent sont accusées d’être « phalliques », comme si cette autorité appartenait nécessairement aux hommes. »

Passons en revue les clichés sur les femmes de pouvoir:

Elles sont masculines

Peut-être le plus grand préjugé qui poursuit les femmes de pouvoir. Sous prétexte qu’elle évoluent dans un milieu masculin, toutes se comporteraient comme des hommes. “Plus elles en veulent, et plus cela leur est reproché. Comme si en vouloir était un sentiment indécent, réservé uniquement aux hommes”, regrette Sophie Cadalen.

Des femmes tyrans

Toutes les femmes de pouvoir ne sont pas des Margaret Thatcher en puissance. Même si “certaines peuvent l’être, reconnaît Sophie Cadalen, la plupart reflètent malgré elles une image de femmes dures et intransigeantes du fait de leur position sociale. On imagine que si elles sont au pouvoir, c’est parce qu’elles ont les dents longues. Là aussi, ne pas confondre le fait d’être battante avec l’image de mère fouettarde.”

Elles ont couché pour réussir

Toutes les femmes politiques ne sont pas séduisantes, ni même séductrices”, souligne Sophie Cadalen. Si l’on en croit la psychanalyste, la séduction serait même encombrante pour la plupart d’entre elles. “Aujourd’hui, être séduisante est devenu compliqué. Prenons l’exemple de Rachida Dati et NKM, longtemps accusées de trop en faire. Mais la question est: en font-elle vraiment trop, si on les compare à un Jack Lang toujours tiré à quatre épingles?” Et puis, entre la séduction de tous les jours et le soupçon de promotion canapé, il y a un très grand pas, qui s’appelle un cliché sexiste.

Des mères sacrifiées

Mais qui va garder les enfants?” Si tout homme ou femme politique doit situer ses priorités et se résoudre à quelques aménagements dans sa vie familiale, l’éternelle question demeure: pourquoi est-il demandé aux femmes d’assumer tous ces choix, pendant que l’homme poursuit tranquillement ses objectifs?

Là pour remplir un quota

Certes, le système des quotas a permis à certaines de mettre le pied à l’étrier plus vite que prévu. Mais à un certain niveau de pouvoir, l’argument ne tient plus et s’écroule de lui-même. Non seulement parce que la pratique du pouvoir requiert des qualités intrinsèques, mais aussi parce que la grande majorité des femmes politiques sont soumises, comme les hommes, au résultat électoral. Quota ou pas, celles-ci ne peuvent donc perdurer sans l’assentiment des électeurs.

Des intrigantes

Il est vrai que pour se maintenir à un certain niveau de pouvoir, il faut en maîtriser les codes. “Le travail et les capacités intellectuelles ne suffisent plus”, insiste Sophie Cadalen. Il faut savoir se montrer habile, doué pour développer accointances et soutiens, accepter de jouer un jeu parfois impitoyable. Pour autant, la seule intrigue ne permet pas de se maintenir au pouvoir sur le long terme. Et les hommes n’ont rien à envier aux femmes sur ce plan-là.

Sophie Cadalen: « La féminité des femmes de pouvoir est sans cesse questionnée. Elle n’est jamais à la bonne place. Dans un magazine américain, il a été reproché à Hillary Clinton d’avoir versé une larme en public. Elle aurait usé de son féminin de façon déloyale, comme on le reproche aussi à Rama Yade. Qu’elles en usent trop ou pas assez, le charme des femmes de pouvoir pose toujours problème. Celui de Barak Obama, lui, est reconnu comme une qualité supplémentaire. »

Pourquoi les clichés persistent-ils? Sophie Cadalen: « Parce qu’ils donnent aux hommes et aux femmes un pouvoir auquel ils ne veulent pas renoncer. Celui, pour les premiers, de maintenir leur position de force dans la société et sur les femmes; celui, pour les secondes, de garder la mainmise sur le foyer et les enfants. Cet attachement est inconscient et n’empêche pas de s’élever en toute bonne foi contre la discrimination faite aux femmes. La psychanalyse nomme « phallus » cette puissance autour de laquelle nous construisons nos identités. C’est un symbole, celui du désir en érection. Ces phallus sont nombreux, chaque sexe brandit les siens : l’argent, la grosse voiture, la maternité, ou cette fameuse intuition féminine… »

Valérie Colin-Simard, psychothérapeute: « Aujourd’hui, dans mon cabinet, je suis sidérée de voir le nombre de femmes qui, même brillantes professionnellement, s’accordent peu de valeur. Comme moi autrefois, elles ont intériorisé les seules valeurs masculines de performance, de rationalité, de rentabilité, d’efficacité… et trouvent dévalorisantes celles que l’on associe au féminin. Par exemple, elles se coupent de ce qu’elles ressentent. Pour beaucoup d’entre elles, seul compte l’intellect. Des mots comme douceur ou vulnérabilité sont presque devenus des insultes. Et pourtant, exprimer ce que nous ressentons nous donne de la puissance. Nous ne le savons pas assez. Nous sommes tous à la fois puissants et vulnérables, homme et femme. Et notre force naît de l’acceptation de cette réalité. »

Sophie Cadalen: « A mon sens, la vraie puissance, celle qui nous rend charismatiques, motivés et motivants, c’est d’oser nos désirs profonds indépendamment de ce que nous croyons devoir être en tant que femme ou homme. »


Valérie Colin-Simard: « Notre nature profonde à tous, c’est d’être homme et femme à la fois. Il est urgent de retrouver l’équilibre entre ces deux facettes de notre être. Je parle évidemment du masculin et du féminin comme de principes, en aucun cas de dispositions naturelles. »