Nous les femmes pourquoi sommes-nous tiraillées entre nos différentes vies ?

 

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Dans son Journal de la création Nancy Huston s’est intéressée au «conflit entre l’art et la vie, la création et la procréation, l’esprit et le corps». La lecture son journal m’a remise face à cette question: Nous les femmes pourquoi sommes-nous toujours tiraillées entre plusieurs femmes, entre la femme active, la femme-artiste, la femme-entrepreuse, la femme-compagne, la femme-mère, la femme-enfant?

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Selon Nancy Huston, les femmes artistes souffrent d’une scission entre corps et esprit, entre création et procréation, en atteste le nombre de femmes artistes qui ne sont pas mères comme si l’un excluait l’autre. Or pourquoi en faire des élements séparables dans nos vies de femmes? Pourquoi devoir choisir, nous couper en deux, renoncer à être multiple ? Nancy Huston s’est penchée sur les histoires souvent douloureuses de Sand et Musset, Virginia et Leonard Woolf, Scott et Zelda Fitzgerald, Sartre et Beauvoir. Nancy Huston constate que « Toutes les Muses sont féminines. Qui est-ce qui sert de Muse aux femmes ? Qui guide leur main, leur insufflant confiance et sérénité ? » Nancy Huston estime que « les femmes, même lorsqu’elles désirent ardemment devenir des auteurs, sont moins convaincues de leur droit et de leur capacité à le faire. » N’en sommes-nous pas encore souvent là, nous, toutes les femmes, pas seulement les auteures et artistes… Nous estimons-nous suffisamment légitimes et capables, quoi que nous décidions d’entreprendre? La tentation est grande de nous ‘réfugier’ dans la maternité où notre ‘puissance’ est plus rarement contestée…

Nancy Huston a écrit dans Le dilemme de la romancière: «Les mères ont tendance à vouloir que tout soit beau pour leurs enfants. Elles s’efforcent, plus ou moins, d’adopter une vision optimiste afin de les protéger, les réconforter, leur insuffler de l’espoir. Les romancières peuvent avoir ou non le même désir – transmettre un message d’espoir – mais si elles dépeignent un monde dans lequel l’existence humaine est tout miel, la réaction de leurs lecteurs sera non l’espoir mais l’ennui. »  « Une mère, en tant que mère, doit être attentive à autrui, établir et entretenir des liens. Une romancière, en tant que romancière, doit être égoïste ; son art exige un certain détachement. Cela ne veut pas dire que des femmes qui écrivent des romans n’ont pas besoin d’autrui, ni que des femmes qui ont des enfants n’ont pas besoin de temps à elles. Il est évident qu’aucune mère n’est que mère, ni aucune romancière, que romancière. Mais peut-on être généreuse le week-end et égoïste en semaine, morale le jour et amorale la nuit ?» En d’autres mots, avons-nous le droit d’être plurielles ? La réponse à mes yeux ne peut être que oui ! Octroyons-nous tous les droits !

Ressentez-vous aussi ce dilemne entre notre expérience de mère et notre expérience en tant que femme active. D’un côté, nous prenons soin du ‘cocon’ – aussi bien physique que symbolique – et d’un autre côté, nous sortons du cocon pour nous exprimer et nous exposer. D’un côté, nous prenons le temps d’aimer et élever nos enfants, d’un autre côté nous souhaitons disposer de temps pour accomplir tout ce qui nous tient à coeur. Le dilemne n’est-il pas constant ? Pour ne devoir renoncer à rien, il nous faut composer avec les hommes, mais ressentent-ils ce dilemnne avec la même force ?

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Alors que les hommes semblent avoir moins de difficultés à faire de leur carrière ou de leurs passions une priorité, nous les femmes, n’avons-nous pas tendance à nous sous-estimer et à négliger nos capacités de création? Du coup, nous ne nous octroyons ni le temps ni l’énergie nécessaires pour être plus qu’une figure maternelle et une ‘gentille’ employée qui n’a pas trop d’ambition vu que de toute façon la priorité, ce sont nos enfants. Je vois autour de moi que dès que nous devenons mamans, nos enfants prennent le pas sur tout le reste, parfois au détriment de tout le reste. L’envie de materner est à mes yeux tout à fait légitime et je fais partie de celles qui considèrent que la priorité des priorités, c’est mon enfant, alors même que je nourris de grandes ambitions personnelles, que je désire puissamment contribuer à l’évolution de la société. Ce dilemne, je le connais bien !

Ne nous résignons pas à être soit de mauvaises mères, soit des femmes actives frustrées. Ne renonçons ni à la maternité, ni à notre pouvoir de création, de réflexion et d’action. Ne déprécions ni la maternité ni la vie actitve et créative. Unissons-nous hommes et femmes pour faire en sorte que nous, les femmes, nous ne nous sentions plus tiraillées !

Funny time for family at home

Nancy Huston, Journal de la création: