Yeonmi Park, celle qui veut libérer la Corée du Nord

Yeonmi Park by Beowulf Sheehan www.beowulfsheehan.com

Jusqu’à ses treize ans, Yeonmi Park a vécu « dans la paranoïa » sous le régime de Kim-Jong-Il. Je l’ai découverte grâce à la Matinale d’Europe 1. Elle a fui son pays à l’âge de 13 ans et milite désormais pour les droits de l’Homme depuis la Corée du Sud et vient de publier Je voulais juste vivre. Elle est aujourd’hui âgée 22 ans a livré un témoignage rare : celui d’une enfance sous la dictature de Kim-Jong-Il, père et prédécesseur de l’actuel leader nord-coréen Kim-Jong-Un. « Je croyais que Kim-Jong-Il pouvait lire dans mes pensées, que je devais faire attention en permanence », se souvient Yeonmi Park.

Jusqu’à ses treize ans et sa fuite vers la Corée du Sud, après un passage par la Chine, Yeonmi Park n’a pas eu le droit de porter un jean ou d’écouter de la musique. « Le gouvernement lavait notre cerveau. L’un de mes premiers souvenirs, c’est ma mère qui me dit : ‘ne murmure pas, parce que les souris t’entendent’. Les gens vivent dans la paranoïa, on ne peut pas se rebeller. Nous n’étions pas seulement privés de démocratie, mais de sens critique. Dès l’école, on nous apprenait à penser collectivement, nous n’étions pas autorisés à être des individus. »

Une seule radio, une seule chaîne de télévision, un seul journal… « Là-bas, il n’y a que ce que le gouvernement nous dit », explique Yeonmi Park. A son arrivée en Corée du Sud, le décalage est immense : « On me demandait quelle était ma couleur préférée, ce que je voulais faire plus tard », se souvient-elle. « Je ne savais pas, je n’y avais jamais pensé. Me rendre compte qu’en tant qu’individu, j’avais une importance et des droits, c’était difficile ».

Aujourd’hui, le régime de Kim-Jong-Un menace la famille de Yeonmi Park, restée en Corée du Nord. « C’est le prix à payer quand on essaie de parler pour défendre l’injustice », déplore la jeune femme. « Il me semble que cet homme, qui réduit à la famine un peuple tout entier depuis des années, est très dangereux », prévient la militante des droits de l’Homme.

Dans une interview au magazine ELLE, elle explique qu’à 13 ans elle a traversé la frontière chinoise avec sa mère, et les passeurs leur ont demandé si elles préféraient être vendues ou retourner en Corée. Elles ont choisi d’être vendues. Regrette-t-elle ce choix ? Yeonmi Park: « Je ne pensais pas que quelque chose comme le trafic d’êtres humains était possible, cela m’a pris beaucoup de temps pour comprendre ce concept… Mais je ne regrette pas. Si je n’avais pas pris cette décision, je ne serais pas ici aujourd’hui ! Retourner chez moi aurait été pire que d’être une esclave. Il n’y a pas de comparaison. Ce que j’ai vécu en Chine était très dur, mais je serais morte si j’étais restée en Corée du Nord. Tout vaut mieux que mourir, non ? »

Que représente la liberté pour Yeonmi Park? « Devenir libre a été un processus vraiment très douloureux. Pour la première fois, je devais faire des choix. Par exemple, quels vêtements porter, quelle nourriture acheter. Plus personne ne me disait ce qu’il fallait faire ou penser. J’ai compris que la liberté était une responsabilité, que mes choix avaient des conséquences. Cela m’effrayait. Aujourd’hui, j’ai conscience que la liberté n’est pas gratuite, c’est une cause pour laquelle on doit continuer de se battre. Si tu ne luttes pas pour ta liberté, ton futur ressemblera à la Corée du Nord. »

Quels sont ses projets pour le futur? « Depuis quelques mois, j’étudie à l’université Columbia de New York. Je n’ai pas encore décidé en quoi j’allais me spécialiser, mais j’envisage d’étudier les sciences politiques et l’économie. Pendant mes études, je vais continuer à éveiller les consciences sur la situation en Corée du Nord. Et quand je serai diplômée, je pourrai créer une fondation ou un mouvement pour libérer le peuple nord-coréen. »

Le livre de Yeonmi Park, Je voulais juste vivre: