Samar Yazbek: «Je veux donner une voix à ceux qui n’en ont pas»

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Samar Yazbek est Syrienne. Elle est née en 1970. Elle a aujourd’hui le statut de réfugié politique en France. Elle a étudié la littérature, elle a quitté la maison familiale à l’âge de 16 ans pour élever son enfant seule. Elle a participé au printemps arabe. Elle a été jetée en prison. Elle y a reçu des coups. Elle a pu fuir à Paris. Puis elle est retournée en Syrie pour collecter des témoignages et aider les femmes syriennes avec son association, Women Now For Development.

Samar Yazbek a écrit «Les Portes du néant» qui est un hommage à l’héroïsme quotidien des Syriens et une enquête sur la transformation d’une révolution pacifiste en guerre civile.

«Je suis une femme globalement rebelle. Je suis de gauche, j’ai été active dans les questions de droits de l’homme en Syrie, je crois avoir vécu une histoire de libération personnelle assez violente contre toutes les institutions de la société arabe.»

« La Syrie est occupée par Daech. Nous les Syriens, nous sommes modérés, nous aimons la vie. »

« La peur, ce n’est pas honteux. C’est quelque chose de très humain, comme l’amour, comme la haine. Mais cette peur ne m’a jamais fait abandonner. Parfois je perdais la foi, l’espoir qu’on puisse un jour construire un pays. Et puis quand je revoyais certaines personnes, ces personnes me rendaient confiance. Du coup, tout disparaissait, la peur, la méfiance, au profit de l’idée que nous étions en train de construire un pays. »

« Le fait d’être écrivain m’a beaucoup aidée, ça me permettait d’avoir de l’imagination. Dans les moments difficiles, quand il y avait des bombardements, je mettais toute mon énergie à imaginer la scène la plus spectaculaire, j’utilisais mon imagination pour lutter contre la réalité. C’était fou mais ça m’a aidée. »

« Les révolutions arabes nous ont ramenés très loin en arrière. Nous avons fait un immense pas en arrière, en fait. Ça a eu lieu de pair avec le développement d’un extrémisme religieux très ancien, qui est contre la femme. Nous nous battons en tant que femmes contre l’extrémisme religieux, le système patriarcal, le despotisme de Bachar. Mais nous sommes comme dans le roman de Kafka, «la Colonie pénitentiaire»: nous sommes punies de partout. »

Sur le courage: « Le courage dont vous parlez, je ne le voyais pas comme du courage. Je le voyais comme étant mon rôle, comme faisant partie de mon rôle, en tant que citoyenne et en tant qu’intellectuelle devant participer au processus de changement. »

L’ouvrage de Samar Yazbek, «Les Portes du néant»: