Ainsi soit Benoîte Groult…

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Ecrivaine, féministe et journaliste, ainsi peut-on résumer le profil de Benoîte Groult qui vient de disparaître. Benoîte… la première fois que j’ai entendu son prénom j’ai cru à une erreur, existe-t-il le féminin de Benoît? Ses parents espéraient un garçon et faute d’avoir imaginé une fille, ils ont ajouté un ‘e’ au prénom déjà choisi. Et voilà un destin qui se met en marche. Et l’écriture y a eu toute sa place, quelle chance pour nous !

Dans son livre Ainsi soit-elle:

« Qu’est-ce qui leur prend, soudain, aux femmes ? Voilà qu’elles se mettent toutes à écrire des livres. Qu’ont-elles donc à dire de si important ? » demandait récemment un hebdomadaire qui ne s’était jamais posé la question de savoir pourquoi les hommes écrivaient, eux, depuis deux mille ans et ce qui leur restait encore à dire ! »

Le féminisme? Un mouvement bien naturel selon elle:

« Car le féminisme ne se résume pas à une revendication de justice, parfois rageuse, ni à telle ou telle manifestation scandaleuse ; c’est aussi à la promesse, ou du moins l’espoir, d’un monde différent et qui pourrait être meilleur. On n’en parle jamais. Comme on ne nous parle jamais de ces femmes qui se sont battues pour nous. Car c’est toujours une lutte de femmes qui à présidé à l’amélioration du sort des femmes. Mais on dirait que nous nous associons, nous, femmes d’aujourd’hui, au moins par notre silence, aux jugements féroces du pouvoir masculin sur ces « effrontées » qui, dès la Renaissance, à une époque autrement difficile que la nôtre, eurent l’audace et la générosité de coeur nécessaires pour quitter la dignité et la sécurité d’un foyer et affronter l’ironie, l’hostilité ou la prison. »

« Virginia Woolf avait raison : « Tuer la fée du foyer reste le premier devoir d’une femme qui veut écrire. » Si j’osais ! Mais les fées du foyer ont la vie dure, et dans mon cas, il faudrait tuer dans la foulée la mère et la grand-mère ! Woolf a sous-estimé le problème : elle n’avait pas d’enfants et Beauvoir non plus. Il aurait fallu me prévenir il y a très longtemps. »

« Les hommes ont toujours été ravis quand nous étions capricieuses, coquettes, jalouses, possessives, vénales, frivoles… excellents défauts, soigneusement encouragés parce que rassurants pour eux. Mais que ces créatures-là se mettent à penser, à vivre en dehors des rails, c’est la fin d’un équilibre, c’est la faute inexpiable. »

« A toutes celles qui vivent dans l’illusion que l’égalité est acquise et que l’histoire ne revient pas en arrière, je voudrais dire que rien n’est plus précaire que les droits des femmes. »

« La maternité ? Elle aussi il fallait la vivre selon l’éthique masculine, non pas comme un merveilleux privilège mais comme une « fatalité biologique » ou bien « un simple désir de compenser notre handicap corporel ». Affirmation renversante ! D’un côté le phallus, de l’autre le pouvoir de donner la vie…et c’est le phallus qui l’emporte ! C’est nous qui n’avons rien dans le ventre ! »

« Les femmes imaginent mal le soulagement, le défoulement qu’elles éprouveraient en contractant le goût de la… rigolade. Le mot déjà leur fait peur, il n’est pas « féminin ». Les femmes se sentiraient coupables de se réunir simplement pour s’amuser, pour dire des bêtises, pour se retrouver. Elles emmèneraient leurs enfants, leur tricot, ou tout simplement leurs complexes ou leurs horaires et tout serait perdu. Car un phénomène marque profondément l’existence des femmes : l’infiltration maligne des travaux domestiques dans tous les actes de leur vie. Une femme a toujours un paquet de linge sale à déposer en partant au cinéma, le pain à ne pas oublier en rentrant du travail et, si elle a un amant qui habite en face du Bon Marché, je la crois capable « d’en profiter » pour acheter à son mari le thé de Chine qu’il aime et qu’on ne trouve que là. La pesanteur, parfois incompréhensible pour les hommes, des travaux féminins, c’est çà, c’est ce constant souci de faire ce qu’on attend de vous. Jeter son bonnet par dessus les moulins, peut-être… mais la liste des courses à faire, jamais ! »

Déculpabilisons !

« Eh bien oui, je suis égoïste. Et alors? Il me semble au contraire qu’en m’aimant moi-même je suis devenue plus généreuse avec les autres. Les perpétuels déprimés, voilà les vrais égoïstes. Rien de plus exigeant, de plus narcissique et égocentrique qu’un déprimé chronique! » (Livre Mon évasion)

Benoîte Groult fait partie d’une lignée de femmes qui nous rappelent que le féminisme n’est ni un luxe, ni une revendication vaine: « Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours ! »

Son livre, Ainsi soit-elle et son autobiographie pleine de fraîcheur et de franchise: