Etait-il plus facile d’être une femme active au Moyen Age?

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La question peut paraître insensée… Pourtant, contrairement aux idées reçues, être une femme active dans ces temps reculés était parfois plus simple qu’aujourd’hui ! À la campagne, les femmes participent activement à la gestion d’une exploitation agricole, travaillaient dans les champs, tenaient une basse-cour et vendainent ensuite les produits de la terre en surplus. En ville, les femmes travaillaient aux côtés de leur mari dans l’atelier, elles avaient parfois leur propre métier ou atelier, tenaient un étal sur la place publique. La place des femmes dans l’artisanat était importante. Les femmes peuvaient s’exprimer dans les assemblées, de même que dans certains conseils ruraux.

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À Venise, on trouvait même un statut de «mercantessa» ou marchande à part entière. À la fin du 14ème siècle, Lucia dite ab auro a réussi à faire carrière seule, pratiquement sans capital de départ, en tant que marchande de feuille d’or. Elle emplouait ses propres apprentis, tenait sa boutique. Ce cas n’était pas exceptionnel: il est révélateur d’un statut que les femmes pouvaient acquérir, indépendamment de leurs pères ou de leurs maris. Si, dans les sociétés médiévales, le mari était le plus souvent le représentant légal de son épouse, cela ne voulait pas dire qu’elle ne travaillait pas à parts égales avec lui.

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Christine de Pisan, née en 1364, est la première femme à avoir vécu de sa plume, la première « femme écrivain » ! C’est l’une des premières femmes à subvenir elle-même à ses besoins et à ceux de sa famille. Christine est devenue veuve à 25 ans, avec trois enfants à sa charge, mais également sa mère et sa tante, analphabètes.

« Alors, je me mis à forger de jolies choses, plus légères au commencement, et tout comme l’ouvrier qui devient de plus en plus subtil dans ses œuvres à force de les pratiquer, en continuant toujours à étudier diverses matières, mon intelligence s’imprégnait de plus en plus de choses nouvelles, et mon style s’améliorait, gagnant en subtilité et touchant de plus hautes matières. »

Christine de Pisan a investi les sphères religieuse, politique, historique et même militaire. Elle a pris position pour défendre les femmes en prenant part au Débat sur le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris et Jean de Meung, une œuvre très populaire, mais remplie d’allusions sexuelles et de remarques misogynes. Notons que c’est seulement en 1980 que la société occidentale a décidé de « déterrer » officiellement l’œuvre de Christine de Pisan…

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Le retrait, voire le renfermement, des femmes dans la sphère domestique n’est venu que tardivement, dans un contexte de crise à la fin du Moyen Âge, où les femmes se sont progressivement vu refuser l’accès au marché du travail: une fermeture qui a lieu, selon les historiens, entre le 15ème et le 17ème siècle. Le dénigrement du travail féminin a suivi son cours, pour aboutir au 19ème siècle à la victoire des valeurs bourgeoises qui cantonnent la femme au domaine domestique, à élever leurs enfants et s’occuper de leur mari.

A partir du 13ème siècle, la situation de la femme va changer et progressivement se refermer sous l’impulsion de l’Eglise. On décide de cloitrer les moniales et de les cantonner à la prière, limitant progressivement leur instruction tandis qu’on développe l’accès aux universités pour les hommes. En 1593, les femmes sont écartées de toute fonction d’Etat. Pourquoi ? Parce que la découverte du droit romain va avoir une influence considérable sur le statut de la femme, et particulièrement à la Renaissance.

Le droit romain n’est pas du tout favorable à l’épanouissement social de la femme. Il va progressivement instaurer la vision du père comme chef de famille au détriment des tissus familiaux plus souples des périodes précédentes que permettait le droit coutumier. Ce dernier préconisait en cas de décès sans héritier, le retour des biens du mari à sa famille et le retour des biens de la femme à la sienne, et surtout le pouvoir de déshériter n’existait pas.

Au 17ème siècle, la femme prend obligatoirement le nom de l’époux marquant la progression de ses tendances qui ont débuté à la fin du Moyen-âge et au début de la Renaissance…  jusqu’à son avènement avec le Code Napoléon, la toute puissance du père est largement mis en place. La femme n’est alors plus maitre de ses biens, n’a plus aucun pouvoir décisionnaire sur ses enfants ou sa famille.

Il y en a du chemin pour aboutir à une pleine reconnaissance du travail des femmes, de notre autonomie et de notre accès aux responsabilités…