« C’est l’oppression patriarcale que nous combattons… »

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« C’est l’oppression patriarcale que nous combattons et non la religion ». J’adhère complètement aux propos de Fabienne Haloui qui ont été publiés sur le site de L’Humanité:

« Pourquoi, alors que beaucoup de féministes, au nom des libertés individuelles, ont dénoncé les arrêtés anti-burkini et la surenchère raciste autour de la polémique de l’été, certaines n’ont pu s’empêcher de le faire en réaffirmant leur opposition au voile ou au fameux vêtement de bain intégral, créant, ainsi, involontairement ou non un « nous » et « elles ». »
« La polémique de l’été était-elle réellement un face à face entre les conservateurs religieux et la droite extrême quand on sait que  les fondamentalistes religieux ne veulent pas de femmes sur les plages, encore moins dans une tenue soulignant leurs formes et dont la finalité est la mixité ? »
« Est-il possible d’analyser ce qui nous empêche de construire le « nous toutes » pour agir ensemble dans la voie de l’émancipation individuelle et collective ? »
« S’il n’est pas question pour moi de nier les courants ultra conservateurs de réislamisation du monde qui exploitent, à coups de pétro-dollars, la frustration des musulmans dans des processus de repli identitaire, est-il possible de sortir d’une vision ethnocentrique qui consiste à parler, comme le font également les intégristes, à la place des femmes musulmanes ? N’est-il pas possible d’envisager le combat féministe en dé-essentialisant la religion ? »
« Des croyantes remettent en cause l’interprétation traditionaliste et patriarcale des textes sacrés, d’autres voilées ou non prônent un islam progressiste et populaire basé sur la théologie de la libération, d’autres s’engagent en politique dans des combats progressistes ou dans des actions citoyennes dans les quartiers populaires, qui fait dire aux hommes à leur sujet : « normal qu’elles s’engagent, elles ont plus à gagner que nous ».
« Va-t-on les considérer comme des éternelles mineures incapables de se libérer ou admettre qu’il existe plusieurs voies pour lutter contre la domination patriarcale ? De la même manière que Jaurès disait, en 1905, notre ennemi ce n’est pas la religion mais le capitalisme, ne peut-on pas dire aujourd’hui, c’est l’oppression patriarcale que nous combattons et non la religion. »
« La première liberté c’est de choisir librement ses références pour se construire. L’ignorer, c’est faire fi de tous les processus complexes que chaque individu met en place, c’est faire fi que sous le voile ce qui compte ce sont les valeurs que chaque femme prône : l’égalité, la fraternité, l’accès au savoir, à la citoyenneté, à la contradiction, ou l’inégalité,  le repli sectaire et l’intolérance. »
« Vouloir sans cesse réaffirmer son opposition à des choix vestimentaires clive alors que nous devrions nous rassembler sur la base des valeurs qui nous sont communes. »
« Assurer notre solidarité à toutes les femmes qui revendiquent l’égalité ici et ailleurs, lutter contre tous les fondamentalismes, mais défendre, aussi, le libre choix vestimentaire pour chaque femme en admettant que des pratiques religieuses peuvent, dans des mouvements contradictoires, symboliser la tradition et la modernité, la soumission et l’émancipation : une façon de reconnaître que cette ambivalence est toujours présente dans notre inconscient féminin marqué par des millénaires de domination patriarcale, et cela quelles que soient nos histoires. »
« Relever ce défi, c’est, me semble-t-il, faire un pas dans la voie de l’unité pour agir ensemble, que ces luttes soient politiques, sociales, féministes ou anti-racistes. »