Femmes poètes, vous êtes bien trop rares à mon goût !

les_sa10

Si vous pensez poésie, vous pensez à Rimbaud, Verlaine, Hugo, Prévert… Et je parie qu’aucun nom de femme ne vous vient à l’esprit… Déjà en littérature classique, peu de femmes connaissent la postérité, alors les femmes poètes…

Au 19ème siècle, en France, la poésie est fortement féminisée sur le plan symbolique – à travers la figure de la Muse, dans ses thématiques – l’amour, la femme, mais voit la très difficile reconnaissance des femmes poètes par l’institution littéraire, ce qui se traduit par leur quasi absence, ou leur forte minoration, dans l’histoire littéraire…

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) s’inscrit comme un cas exceptionnel dans le paysage poétique français. C’est une des rares femmes poètes a avoir bénéficié d’une reconnaissance de son vivant. Lamartine, Béranger, Vigny, Baudelaire, Verlaine et Hugo qui sera un ami fidèle, l’admiraient.

avt_marceline-desbordes-valmore_6219

«  Plus qu’un coup de cœur, un coup de foudre  ! J’ai eu l’impression en lisant ses textes de me faire une nouvelle amie !  » Quand il évoque Marceline Desbordes-Valmore, Pascal Obispo ne tarit pas d’éloges et de superlatifs !  Son album « Billet de femme » comprend douze chansons dont les textes sont des poèmes écrit il y a 150 à 200 ans par la poétesse…

La femme est-elle l’avenir de la poésie ? La question est posée par Marine Deffrennes.

Je vous propose de découvrir le poème intitulé « À l’amour » de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859):

Reprends de ce bouquet les trompeuses couleurs,
Ces lettres qui font mon supplice,
Ce portrait qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs.

Je te rends ce trésor funeste,
Ce froid témoin de mon affreux ennui.
Ton souvenir brûlant, que je déteste,
Sera bientôt froid comme lui.

Oh ! Reprends tout. Si ma main tremble encore,
C’est que j’ai cru te voir sous ces traits que j’abhorre.
Oui, j’ai cru rencontrer le regard d’un trompeur ;
Ce fantôme a troublé mon courage timide.

Ciel ! On peut donc mourir à l’aspect d’un perfide,
Si son ombre fait tant de peur !
Comme ces feux errants dont le reflet égare,
La flamme de ses yeux a passé devant moi ;

Je rougis d’oublier qu’enfin tout nous sépare ;
Mais je n’en rougis que pour toi.
Que mes froids sentiments s’expriment avec peine !
Amour… que je te hais de m’apprendre la haine !

Eloigne-toi, reprends ces trompeuses couleurs,
Ces lettres, qui font mon supplice,
Ce portrait, qui fut ton complice ;
Il te ressemble, il rit, tout baigné de mes pleurs !

Cache au moins ma colère au cruel qui t’envoie,
Dis que j’ai tout brisé, sans larmes, sans efforts ;
En lui peignant mes douloureux transports,
Tu lui donnerais trop de joie.

Reprends aussi, reprends les écrits dangereux,
Où, cachant sous des fleurs son premier artifice,
Il voulut essayer sa cruauté novice
Sur un coeur simple et malheureux.

Quand tu voudras encore égarer l’innocence,
Quand tu voudras voir brûler et languir,
Quand tu voudras faire aimer et mourir,
N’emprunte pas d’autre éloquence.

L’art de séduire est là, comme il est dans son coeur !
Va ! Tu n’as plus besoin d’étude.
Sois léger par penchant, ingrat par habitude,
Donne la fièvre, amour, et garde ta froideur.

Ne change rien aux aveux pleins de charmes
Dont la magie entraîne au désespoir :
Tu peux de chaque mot calculer le pouvoir,
Et choisir ceux encore imprégnés de mes larmes…

Il n’ose me répondre, il s’envole… il est loin.
Puisse-t-il d’un ingrat éterniser l’absence !
Il faudrait par fierté sourire en sa présence :
J’aime mieux souffrir sans témoin.

Il ne reviendra plus, il sait que je l’abhorre ;
Je l’ai dit à l’amour, qui déjà s’est enfui.
S’il osait revenir, je le dirais encore :
Mais on approche, on parle… hélas ! Ce n’est pas lui !

Voici un conseil que Marceline Desbordes-Valmore a donné à une jeune comédienne: « Ne confiez jamais le soin de votre existence à un homme, quelque amour qu’il vous témoigne ; soyez indépendante et ne comptez que sur vos talents pour préparer votre avenir. »

Nous les femmes nous avons au moins autant que les hommes des élans poétiques n’est-ce pas ? 

Vive les femmes poètes, d’hier et d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs ! N’hésitez pas à partager vos vers !