La maternité, un monde enchanté ?

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La maternité, un accomplissement total, le destin rêvé de toute femme, une parenthèse enchantée… Ou la confrontation avec une dure réalité ? Plus (beaucoup) de temps à soi, des projets et envies sans cesse reportées, un sentiment de frustration généralisé ?

Sur le web, d’un côté il y a les images stéréotypées qui laissent croire que l’on peut être une maman parfaitement comblée, de l’autre côté il y a les récits et les échanges entre nanas débordées et dépassées…

La dessinatrice Emma, ingénieure en informatique, raconte sa reprise du travail à l’issue de son congé maternité et je suis sûre que vous allez vous retrouver dans ses dessins ! Emmanuelle a publié sur son blog et sa page Facebook une BD pour raconter ses soit-disant « vacances » et cette culpabilisation de la mère: « Pour un couple hétérosexuel, la maternité c’est le moment où les inégalités qui pouvaient passer anodines jusque là deviennent criantes. Nos conditionnements respectifs et la façon dont on m’a traitée à la maternité, mais aussi dans mon entourage, me laissent le sentiment d’une injustice cuisante », explique-t-elle.

Yvonne Knibiehler est l’auteure d’une « Histoire des mères et de la maternité en Occident ». Ses propos sont tellement pertinents pour nous les mamans !

Je pense que la maternité est un thème politique beaucoup trop délaissé. Pourquoi est-ce que les femmes ne se font pas élire dans les conseils municipaux, régionaux, généraux, au parlement, aux CE pour expliquer tout cela et exiger que les choses changent ?

Pourquoi les jeunes femmes n’ont jamais eu l’idée de créer elles mêmes des structures de regroupement ? Elles sont d’une inertie qui m’étonne… Elles retournent au travail alors que leurs enfants ne dorment pas. C’est odieux. Il faut qu’elles se rebellent bon sang !

Autrefois, il y avait un monde des femmes. Il a été détruit par la médicalisation. La transmission entre mères et filles a été interrompue dès la révolution pasteurienne. A cette époque, les médecins ont décidé qu’ils pouvaient soigner mieux les bébés que les femmes parce qu’elles n’étaient pas instruites. La science a disqualifié les savoirs féminins traditionnels. Le monde des femmes a été disqualifié. Je trouve donc très positif cette nouvelle habitude de se consulter et encore une fois Internet participe à ce mouvement. Les femmes parlent entre ells.

Il me semble qu’on pourrait transformer le congé maternité en congé de formation : ça permettrait de l’allonger de le rétribuer. Ce ne serait pas seulement le congé maternité d’ailleurs qu’on transformerait, le congé paternité aussi. Tels qu’ils sont actuellement, on passe brusquement du rien au tout.

Avant vous ne vous occupez pas de la maternité et de la paternité… Vous ne savez pas ce que c’est. Certaines femmes travaillent à temps plein jusqu’à la fin de leurs grossesses et d’autres n’y pensent même pas. Elles se disent que faire un enfant, c’est naturel «ma mère est passée par là avant moi. »

Tandis que si on prévoyait une formation, il me semble que les femmes seraient mieux protégées. Resterait à penser cette formation. Je pense qu’elle pourrait commencer au moment où un couple a le désir d’enfanter. Il devrait alors recevoir un certain nombre d’informations.

D’abord pendant la grossesse avec des informations qui concerneraient surtout le développement du fœtus et l’accouchement. Le départ et le retour au travail pourraient être plus progressifs de manière à ce que la femme ne soit pas coupée brutalement de son environnement.

Quand je parle de cette formation pour que les femmes sachent ce qui les attend, on me dit souvent : «Mais vous allez les décourager de faire des enfants… ». Moi, je n’en crois rien, le désir d’enfant c’est très fort. Rien ne peut l’arrêter.

Source: L’Obs