Simone Veil, libre et rebelle…

Simone Veil est née en 1927. Elle s’appelait Simone Jacob avant de devenir Veil, en épousant Antoine Veil.

Lors d’un contrôle effectué dans la rue, Simone Veil, alors âgée de 16 ans, est arrêtée le 30 mars 1944, à Nice. Dans les heures qui suivent, le reste de sa famille est arrêté par la Gestapo. Simone Veil transite par le camp de Drancy. Son père et son frère Jean sont déportés en Lituanie. Simone Veil ne les a jamais revus. Deux semaines après leur arrestation, Simone, sa mère et sa sœur Madeleine sont envoyées à destination d’Auschwitz-Birkenau, un des camps d’extermination nazis. Un prisonnier lui conseille de se dire âgée de plus de 18 ans pour passer la sélection et éviter l’extermination. Peu avant la libération du camp d’Auschwitz le 27 janvier 1945, les Allemands emmènent leurs prisonniers dans la marche de la mort jusqu’au camp de Bergen-Belsen. Sa mère meurt du typhus le 15 mars 1945. Bergen-Belsen est libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945. Elle est de retour en France le 23 mai suivant. Simone, Madeleine et son autre sœur Denise (engagée dans la Résistance) sont les seules survivantes de la famille.

Seule de toute l’Académie à avoir passé et obtenu son baccalauréat en mars 1944, la veille de son arrestation, elle s’inscrit, en 1945, à la faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Paris, où elle rencontre Antoine Veil, futur inspecteur des finances et chef d’entreprises, qu’elle épouse en 1946. Ils ont trois fils et plusieurs petits-enfants. Elle passe avec succès, en 1956, le concours de la magistrature. En 1970, elle devient secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, elle est nommée ministre de la Santé. Elle est chargée de présenter au Parlement le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), qui dépénalise l’avortement. Ce combat lui vaut des attaques et des menaces de la part de l’extrême-droite et d’une partie de la droite parlementaire. Dans une Assemblée nationale qui ne compte que neuf députées, les insultes fusent contre le projet de loi. Simone Veil tient tête. Le texte est finalement adopté à l’Assemblée nationale le 29 novembre 1974. La loi entre en vigueur le 17 janvier 1975.

En 1979, elle devient la première présidente de l’Assemblée européenne élue au suffrage universel. Simone Veil donne une nouvelle visibilité au Parlement européen, notamment sur le terrain de la défense des droits de l’homme. De 2000 à 2007, elle préside la Fondation pour la mémoire de la Shoah, dont elle est par la suite présidente d’honneur. Elle est membre de l’Académie française. Sur son épée d’Immortelle est gravé le numéro matricule qui avait été inscrit sur son bras à Auschwitz…

Je vous conseille son autobiographie qui est à la fois très émouvante et aussi pleine d’énergie.. elle y évoque son enfance et dit ceci: « Une enfance heureuse, cela vous comble pour la vie. Cela vous donne des forces, Dieu sait que j’ai eu besoin d’en avoir ensuite. On ne gâte jamais trop un enfant. J’étais gâtée dans la mesure où ma place était sur les genoux de ma mère et nulle part ailleurs. L’autre jour, à table, une de mes arrière-petites-filles, un amour, sanglotait sans pouvoir s’arrêter parce qu’elle voulait être près de sa mère. Je me suis revue enfant et je me suis mise à pleurer. A mon âge, c’est quand même idiot. »

Elle expliquait ces dernières années qu’elle était de plus en plus préoccupée par la cause des femmes: « Je constate que, par rapport à la plupart de nos voisins, on est très en retard. Souvent, les lois ne sont pas appliquées. L’égalité en matière d’accès au travail, de promotion, de salaires n’est pas respectée. Sans doute cela vient-il du fait que les Françaises ont eu le droit de vote très tardivement – il a fallu attendre la Libération. Elles ont eu des postes ministériels très tard aussi : quand je suis entrée au gouvernement, il y avait une femme secrétaire d’Etat aux handicapés, et c’est tout. Et, en ce qui concerne les parlementaires, ce n’est pas mieux. Or, je pense que la politique, c’est très important, parce que ce sont les ministres qui proposent les lois et le Parlement qui les vote. Si, aujourd’hui, les partis préfèrent payer des amendes qu’appliquer la parité, c’est parce que les hommes ne veulent pas laisser leur place. Je crois que ce qui manque aux femmes, ce sont les réseaux. Les hommes se téléphonent, se parlent, s’entraident, les femmes pas assez. »

Quand on lui demandait si ses petites-filles étaient féministes, elle répondait: « Toutes. Comment peut-on ne pas l’être aujourd’hui ? Il y a encore tant à faire pour les femmes… » En effet … continuons sur votre lancée, chère Madame Veil…