Les femmes au pouvoir sont-elles autoritaires ?

Anne Hidalgo, maire de Paris: « Quand je regarde le parcours de la plupart des femmes politiques dans notre pays, je constate qu’elles ont toutes été taxées d’autoritaires, de rigides. Pas une n’a échappé à ça. Regardez Edith Cresson, Martine Aubry, Michèle Alliot-Marie, Ségolène Royal… Même Simone Veil, quand elle portait la loi sur l’avortement : ce n’est qu’après qu’elle est devenue une référence nationale, une icône. II y a quand même une représentation extrêmement sexuée, parfois même machiste, de la femme au pouvoir. Quand une femme exerce ses responsabilités, on dit qu’elle est autoritaire, voire autoritariste. Quand c’est un homme, cela fait partie des fondamentaux, de la capacité à transformer les choses. »

Le phénomène Queen Bee ou Reine des abeilles

En 1974, trois scientifiques de l’Université du Michigan développent la théorie du « syndrome de la Reine des abeilles » : une femme qui accède à une position dominante dans un environnement de travail traditionnellement dominé par les hommes aurait tendance à freiner la progression des autres femmes. Mais il existe très peu de résultats empiriques qui viennent démontrer cette théorie. Une étude réalisée en 2015 démontre au contraire que les femmes sont plus propices à aider et soutenir leurs collègues féminines que les hommes.

Aujourd’hui, les femmes restent sous-représentées dans les postes de direction. Beaucoup de femmes s’efforcent d’adopter des codes perçus comme « masculins », qui caractérisent ce que l’on attend d’un bon leader : l’autorité, le charisme, la virilité… Pourquoi associe-t-on ces traits de caractère aux hommes ? « Cela tient à des stéréotypes véhiculés dans notre société depuis longtemps, décrypte Sandrine Redersdorff, enseignante-chercheuse en psychologie sociale et cognitive : on attend ces valeurs-là d’un homme, alors qu’on attend d’une femme qu’elle soit plutôt tournée vers les autres, douce, bienveillante… ».

Un homme Queen Bee, on ne le remarque pas

Lorsqu’un homme a le comportement typique d’une « Reine des abeilles », on ne le remarque pas : son comportement coïncide avec les stéréotypes d’un leader. Si c’est une femme, on y prête plus attention, car elle est isolée et ne répond pas aux attentes genrées. « Les femmes sont regardées comme des femmes alors que les hommes sont regardées comme des individus », résume Valérie Petit qui a co-écrit Hommes femmes leadership : mode d’emploi. Pourtant, selon ses recherches, le comportement d’un homme leader ne diffère guère de celui d’une femme. Ce n’est donc pas un problème de genre en soi, mais un problème de perception.

Le pouvoir est-il toujours un tabou pour nous les femmes ?

L’ambition, la volonté de disposer de pouvoir sont encore très souvent perçues comme étant une quête masculine.

Combien de femmes construisent-elles leur carrière afin d’accéder au pouvoir ? Quelle est notre relation au pouvoir ?

Les résultats de différentes enquêtes démontrent qu’il y a une connotation négative attachée à l’idée de pouvoir: nombreuses sont les interviewées qui associent pouvoir et intrigue – jeux de pouvoir – autoritarisme. Par ailleurs elles estiment généralement que le pouvoir isole, spécialement de la manière dont il est exercé dans le modèle masculin.

Les femmes interviewées attribuent en grande majorité des qualités spécifiques, donc genrées aux femmes: la capacité d’écoute, l’empathie, le jeu collectif, un ego moindre, un sens aigu de l’éthique. Les études indiquent que les femmes ont une approche différente: plus franches, avec un réel désir de faire avancer les choses, elles accordent une grande importance à la légitimité par l’exemple.

Quel type de leadership promouvoir ?

« Lorsque l’on demande aux gens de nous décrire un manager qui leur donne envie de travailler, ils parlent de quelqu’un à l’écoute, qui les prend en considération : le sexe et l’âge n’entrent pas en compte », indique Valérie Petit. Pourtant, quand on leur demande de dépeindre le leader typique, cela reste un homme charismatique et autoritaire ; « on assiste à une schizophrénie entre les pratiques, qui évoluent, et les représentations, très conservatrices », conclut-elle. Comment faire évoluer ces perceptions ? En cassant les stéréotypes, intégrés dès l’enfance. Mais aussi en repensant le modèle de leadership afin qu’il devienne plus neutre.

Nous avons besoin de construire un mode de leadership intégrant un maximum de qualités qui soient incarnées aussi bien par les hommes que les femmes !

Hommes, Femmes, Leadership: Mode d’emploi