Faut-il imposer des limites à notre désir d’enfant ?

Que pensez-vous de la GPA, la gestation pour autrui ? La congélation d’ovocytes vous paraît-elle une option souhaitable ? Considérez-vous qu’il faut fixer une limite d’âge pour l’accès à la procréation médicalement assistée ? Comment éviter les dérives concernant les mères porteuses ? Comment assurer les droits des enfants mis au monde dans ces conditions ? Les enfants ont-ils besoin de connaître leur « père » ou « mère » biologique pour construire leur identité ? Comment encadrer le « marché procréatif » ?

Où en est l’adoption ?

Le nombre d’adoptions par les couples français a beaucoup diminué au cours des dernières années. Cela s’explique notamment par une politique beaucoup plus restrictive mise en place dans un certain nombre de pays, dans l’objectif pour certains d’éviter une marchandisation des enfants. Dans ce contexte, les questions ci-dessous sont d’autant plus pertinentes…

Un enfant à tout prix ?

Séverine Mathieu, sociologue, a passé huit mois en observation dans des consultations de PMA. « Les couples que j’y ai rencontrés, même s’ils demandent à la médecine de les aider à avoir un enfant, ne m’ont pas semblé être dans la revendication d’un droit qui serait la satisfaction d’un désir égoïste, témoigne-t-elle. Ils construisent leur démarche en fonction de ce qu’ils vont expliquer à l’enfant. Au nom de cela, ils ne sont pas prêts à faire n’importe quoi. Pas prêts, comme on les en soupçonne trop souvent, à faire un enfant “à tout prix”. » Cette suspicion pèse davantage encore sur les célibataires et les couples de même sexe. Pourtant, affirme sa consœur Dominique Mehl, leur désir ne diffère pas de celui des partenaires hétérosexuels : « Leur demande n’est pas d’obtenir le droit d’acquérir un enfant. Elle est davantage d’avoir, comme tout le monde, la liberté de procréer. »

Don ou congélation d’ovocytes ?

La Belgique fait partie des pays qui autorisent la congélation d’ovocytes. Pour pouvoir remettre une grossesse à plus tard, il est possible de prélever ses ovocytes tant qu’ils sont encore de bonne qualité. La congélation ne garantit pas à 100% une grossesse, mais les méthodes deviennent de plus en plus performantes. Jusqu’à quel âge peut-on transférer les embryons ? 42 ans ? 45 ans ? 47 ans ? Pour Anne Vansteenbrugge, responsable du laboratoire de procréation assistée de la ville de Namur, « médicalement parlant, l’âge fait débat. On sait qu’aujourd’hui que les femmes ont un mode de vie moins stressant et qu’une femme de 45 ans a un organisme plus jeune qu’avant ».

Particulièrement contraignant pour les femmes, qui doivent suivre un traitement hormonal, une ponction ovarienne et un suivi médical, le don d’ovocyte est encore insuffisant pour répondre aux besoins des couples en France. Une indemnisation forfaitaire pourrait-elle inciter plus de femmes à faire ce don ? Un tel dispositif d’incitation pourrait-il demeurer éthique ?

Un enfant toute seule ?

La « monoparentalité » est le résultat de l’allongement du temps des études, de l’entrée tardive dans le monde du travail, de la baisse de la fertilité après 35 ans, de la fragilité des couples… Comment devient-on parent en mode solo ? Que ressentent les enfants élévés sans père ?

Des nouveaux modèles de parentalité ?

Geneviève Delaisi de Parseval considère que « la médecine procréative a produit un éclatement des fonctions parentales » : engagement biologique, filiation légale et responsabilité éducative peuvent désormais reposer sur trois personnes différentes. Mais, dans ce nouveau « laboratoire de la parenté », estime-t-elle, chaque famille peut parvenir à s’arranger, avec inventivité, de ces aménagements procréatifs, « pourvu qu’il n’y ait pas de déni ».

Que pensez-vous de cette évolution de notre société ? Jusqu’où d’après vous va le « droit à l’enfant » ?